Milos, l’île qui t’en fait voir de toutes les couleurs

Milos, c’est un peu la palette du peintre des Cyclades : on y trouve toutes les couleurs de roches possibles, avec un rendu scénographique particulièrement réussi. L’île la plus à l’ouest des Cyclades a su nous séduire par sa géologie étonnante et ses petites maisons de pêcheurs lovée dans des criques à l’eau cristalline. Ses paysages tout en contrastes sont le fruit d’un volcanisme encore bien présent. Frustrant quand il ne nous reste plus que 2 jours mais quelle claque visuelle !

L’Artémis déverse son flot de passagers à Adamas sur les coups de midi. Pour la première fois depuis le début de notre séjour dans les Cyclades, le charme n’opère pas immédiatement. On débarque dans un bourg ni vraiment beau ni vraiment moche, juste parfaitement quelconque. Cette première impression se confirmera en trainant nos lourdes valises sur les pavés du front de mer, dans un environnement pas vraiment propice à la balade piétonne. Un cheminement au ras des voitures qui nous paraît interminable jusqu’au petit musée de la mine, que notre hôte nous avait indiqué comme point de repère. De là, il fallait s’enfoncer dans la ruelle, laisser sur notre droite un hôtel 3 étoiles et poursuivre sur ce chemin de sable qui nous mènerait tout droit jusqu’au bonheur. Un champ d’oliviers et une poignée de palmiers annonçaient enfin notre petit éden pour les prochains jours.

Chez Yiayia Tassoula, on a l’accueil chaleureux et le contact facile. Pas le temps de poser les valises qu’on avait déjà fait connaissance avec toute la famille, du grand-père aux petits enfants, dont certains partagent la vie entre Grèce et France. Cinq minutes plus tard, on était déjà en train de discuter en toute décontraction autour d’une carte de l’île. Très vite, la carte en question se noircit de notes en tous genres. Des sites incontournables aux plages idylliques, tout y passe ou presque. On se rend vite compte que nos deux journées pleines prévues sur place seront bien trop insuffisantes pour explorer ne serait-ce qu’un dixième de Milos, qui nous semble définitivement bien différente des autres îles des Cyclades. Le choix sera cornélien. Une certitude cependant : la raison même pour laquelle nous avions choisi l’île de Milos ne sera pas au programme, à notre grande déception. Exit donc la balade en bateau vers les falaises blanches de Kleftiko et la belle promesse d’une baignade inoubliable dans les eaux turquoise de ces criques immaculées ; le meltémi, ce vent des Cyclades, ayant décidé de jouer les trouble fête.

D’emblée, Milos nous apparaît comme une île mystérieuse avec cette ligne de démarcation vers un monde interdit qu’on dit infesté de serpents.

Notre première après-midi sera consacrée à la visite du musée de la mine d’Adamas, qui nous donnera un éclairage utile sur la géologie de l’île et ses richesses minières. Le musée est petit mais suffisamment complet pour comprendre pourquoi Milos est une île si colorée. La suite consistera en une visite expresse du village et à un repérage tout aussi rapide des restos potentiels où dîner le soir. Dernière étape, le loueur de voiture ; une étape indispensable pour partir à l’assaut des principaux sites, la KTEL, pourtant si performante sur Amorgos, Paros et Sifnos, ayant décidé de proposer une desserte a minima de l’île la plus occidentale des Cyclades.

La ligne droite tracée d’un trait autoritaire par le loueur de voiture sur notre carte en papier tombe comme un couperet : « au-delà, vous ne pouvez pas y aller » ! D’emblée, Milos nous apparaît comme une île mystérieuse avec cette ligne de démarcation vers un monde interdit qu’on dit infesté de serpents. Peu importe ! Nous aurons largement de quoi occuper nos deux jours.

Dans la palette de couleurs que propose Milos, le bleu turquoise de Kleftiko ne sera pas de la partie.

Jour 1 : Vénus, Q et l’arche perdue

Je crois bien que sur cette journée-là, on a coché toutes les cases du parfait touriste à Milos ! Il faut dire que le septentrion concentre les « essentiels » de l’île, avec une prédilection pour les spots instagrammables.

On a garé la voiture à Trypiti et descendu le sentier jusqu’à l’amphithéâtre antique. C’est ici, dans un champ voisin, que fut trouvée la Vénus de Milo, propulsée aujourd’hui au rang de star du musée du Louvre. Si son écrin parisien est monumental, que dire de son lieu de découverte, qui ménage une vue magnifique sur la caldeira ! On comprend mieux pourquoi les Grecs nous en veulent encore de leur avoir subtilisé cette merveille (on nous en a fait gentiment la remarque au restaurant).

A rebours des habitudes, on a visité la cité voisine de Plaka en fin de matinée. La capitale de l’île est généralement prise d’assaut le soir venu, au moment du coucher de soleil. Surtout au niveau du Kastro, où la vue porte à 360 degrés. Cette fois, nous étions seules ou presque à s’enfiler les volées de marches jusqu’au point de vue le plus prisé de l’île. Le panorama valait bien de brûler par anticipation les calories de la copieuse moussaka qu’on allait déguster à midi ! Le ventre plein et la chaleur ambiante nous auraient bien donné envie d’imiter les chats qui siestaient dans la fraîcheur relative d’une ruelle à l’ombre, mais le programme du jour ne nous laissait pas le temps de lambiner.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le site emblématique de Milos, l’île arc-en-ciel, est d’une blancheur éclatante.

Direction Firopotamos et Mandrakia, deux villages de poche connus pour leurs garages à bateaux posés au ras de l’eau. Le traditionnel diptyque blanc-bleu prend ici toutes les nuances possibles sur les portes peintes, passant d’une couleur ciel jusqu’au bleu-vert. Je leur trouve un petit côté James Bond, moi, à ces garages à bateaux traditionnels ! L’endroit parfait pour faire surgir un hors-bord amphibie digne des plus belles créations de Q !

De Mandrakia, on aperçoit déjà les premières roches blanches qui annoncent Sarakiniko. Aussi curieux que cela puisse paraître, le site emblématique de Milos, l’île arc-en-ciel, est d’une blancheur éclatante. On arrive sur site en pleine heure de pointe et au milieu des séances de shooting photo. Dans ces collines de kaolin tourmentées par l’érosion, certains ont décidé de consacrer plus de temps à parfaire leur pose Instagram que d’admirer le tableau époustouflant qui se dévoile sous leurs yeux. Spectacle aussi comique que pathétique et grosse pensée pour ce gars qu’on a croisé par deux fois à 30 minutes d’intervalle et qui n’avait toujours pas réussi à faire le saut parfait pour attirer le chaland sur son réseau social préféré.

On n’a pas fini de se régaler des merveilles géologiques de Milos ! Passer la fin de journée aux cavités de Papafagras a clairement été notre meilleure décision de la journée. On est arrivées pile à l’heure pour le spectacle, et notre empressement à rejoindre le bord de l’eau pour voir le soleil disparaître derrière les derniers reliefs de l’île nous a valu de louper lamentablement LE principal point d’intérêt du site, ses cavités. C’est donc dans une pénombre déjà bien avancée que nous avons fait connaissance avec ces bouts de mer Egée qui jouent à cache-cache avec le rocher.

Ne nous restait plus qu’à rentrer, à trouver pitance au centre d’Adamas et à tomber dans les bras de Morphée.

Jour 2 : bouquet final

Voilà, il fallait bien que ça arrive. C’est notre dernier jour dans les Cyclades. On avait décidé de conclure ces deux trop courtes semaines dans l’archipel par les vues les plus spectaculaires et la plus chouette des plages qu’on ait rencontrées de tout le séjour. C’était un peu notre feu d’artifice d’au revoir. Mieux que ça. Un bouquet final. Tu sais, ce moment où l’artificier lâche ses dernières fusées en mode explosion de couleurs dans tous les sens avant le silence ! Et bien nous y sommes. Oh il y a bien eu quelques petits ratés mais ils seront bien vite oubliés devant la beauté des paysages qui vont s’offrir à nous tout au long de cette journée.

Vision étrange que de voir les parasols des vacanciers sur fond d’usine en ruine et de carcasses de wagonnets et autres trucs en métal rouillé.

Nous partons donc vaillamment en direction du sud-est de l’île, d’abord pour trouver trace d’un volcanisme persistant. Sur notre carte griffonnée de toutes parts, quelques zones entourées où se trouveraient des fumerolles. Passé Zefiria, la « belle » route laisse peu à peu la place à un fouillis inextricable de chemins caillouteux où il faut parvenir à s’orienter sans l’aide d’un panneau ou d’un GPS en état de marche. Non, notre seul point de repère, ce sera cette carte en papier au format A3 dont on s’imagine bien qu’elle n’a pas été faite pour la circulation automobile. Autant te dire que cette première quête se terminera par un échec, malgré nos efforts pour humer une quelconque odeur de soufre dans une nature si ce n’est hostile, en tout cas bien aride.

Notre premier « vrai » objectif, c’est en fait Thiorichia, une ancienne mine de soufre exploitée à proximité d’une belle plage, dont les ruines s’étagent aujourd’hui à flanc de rocher sur une hauteur impressionnante. Là encore, notre loueur de voiture nous avait gratifié d’un joli trait à ne pas dépasser, au risque de rester plantées là, au milieu de ce décor lunaire et loin de tout. Mon amour pour le respect des règles et mon angoisse latente d’avancer là où il ne fallait pas s’étaient couplés à mon incapacité à nous repérer bien correctement sur la fameuse carte en papier, nous incitant à nous garer bien trop tôt. Nous avons abandonné la voiture en bordure d’un chemin emprunté majoritairement par des camions de la mine voisine (je t’avais dit que Milos était un paradis géologique). De là partait le chemin pour Thiorichia.

La marche d’approche nous a paru interminable sous ce cagnard infernal et sans une ombre pour nous offrir un simulacre de rafraichissement. Au bout d’un certain temps, on finira par trouver LE parking où nous aurions dû nous garer. Seum puissance 3000. Bon, au moins on pourra dire qu’on aura mérité le panorama ! Le paysage change à mesure que la pente se durcit. Je ne pourrais plus dire comment se fait la transition de la garrigue à la rocaille aux couleurs vives, mais je me souviens encore très bien de notre exclamation devant les rochers acérés comme des dents de scie arborant toutes les nuances possibles de tons chauds.

Au niveau des stériles blancs, quelques tâches jaune fluo et une légère odeur d’œuf pourri nous signalent la présence de soufre. C’est bon signe ! Il paraitrait qu’on a esquissé un petit sourire en voyant les automobilistes peu respectueux du panneau d’interdiction de circuler galérer comme jamais sur ce chemin caillouteux en forte pente. Une poignée de minutes plus tard, nous étions au pied de la mine. Vision étrange que de voir les parasols des vacanciers sur fond d’usine en ruine et de carcasses de wagonnets et autres trucs en métal rouillé. L’eau turquoise et le décor spectaculaire de cette crique au relief exubérant feraient presque oublier le destin industriel de ce coin perdu de l’île.

La roche a choisi cet endroit pour nous sortir toute sa palette de coloris. Pourtant, Paliochori n’avait pas fini de nous étonner

Vu le trajet retour – et cette fois en montée – qui nous attendait et l’heure qui tournait, on n’a pas fait de vieux os à Thiorichia. Pour notre ultime bain cycladique, nous avons suivi les conseils de notre hôte et pris la direction de Paliochori. La plage est coupée en deux par un éperon rocheux qui tombe à pic dans les eaux translucides de la mer Egée. Le hasard nous aura fait opter pour la plage ouest, plus petite mais spectaculaire. Là, au pied des falaises multicolores, nous trouverons deux transats libres pour pas trop cher, un petit bar de plage pour nous sustanter et un paysage de rêve. Le bouquet final. Du jaune, du rouge, du blanc, du vert, la roche a choisi cet endroit pour nous sortir toute sa palette de coloris. Pourtant, Paliochori n’avait pas fini de nous étonner. Ici, on peut sentir respirer la Terre. A la surface de l’eau, quelques bulles discrètes remontent des fonds marins pour libérer çà et là leurs effluves soufrées. Ces sources chaudes sous-marines seront les derniers témoignages de volcanisme que nous rencontrerons sur l’île, à défaut d’avoir pu croiser la trace de fumerolles à terre.

Nous aurons bien tenté, pleines d’espoir, d’en trouver sur le chemin du retour au prix d’un ultime détour sur les pistes sablonneuses du sud mais là encore, notre quête restera vaine. Le labyrinthe inextricable de chemins sans aucun panneau d’indication et la lumière baissant à vitesse grand V auront eu raison de notre traque. Il fallait s’y résoudre, nous n’aurons pas réussi à percer tous les secrets de la volcanique Milos.

L’île de Milos pratique

Se rendre à Milos

Malgré sa position excentrée à l’extrême ouest des Cyclades, l’île de Milos est plutôt bien desservie par les liaisons en bateau, favorisée par une fréquentation touristique relativement élevée. Elle est ainsi reliée directement aux îles comprenant un aéroport international comme Mykonos ou Santorin.

Toutes les liaisons maritimes sont en ligne sur le site gtp.gr.

Se déplacer à Milos

C’est le point noir de l’île ! Contrairement à Amorgos, Paros et Sifnos que j’ai visitées également, Milos n’offre que très peu de liaisons par car. La location d’une voiture, d’un scooter ou d’un quad est fortement recommandée si tu souhaites t’éloigner d’Adamas, Plaka, Pollonia et des plages les plus touristiques.

Sache néanmoins que même en louant un véhicule, la moitié de Milos te sera interdite d’accès faute de routes suffisamment carrossables. Idem au niveau de Thiorichia, où il faudra laisser la voiture à hauteur d’un petit parking à 15-20 minutes de marche si tu ne veux pas rester coincé (on a été témoin, les voitures patinent sur la piste glissante et pentue).

Nos bonnes adresses à Milos

A Adamas

Marianna : une adresse recommandée par le Routard qui propose des plats qui changent un peu de l’ordinaire.

Notre hébergement à Milos, chez Yiayia Tassoula

Une petite pépite trouvée sur AirBnB (je sais c’est mal) et qui restera un excellent souvenir malgré l’absence d’eau potable dans les chambres (ne pas oublier de commander une bouteille d’eau en plus au resto pour se laver les dents et avoir de quoi s’hydrater un peu).
Ici on est accueilli comme si on faisait partie de la famille ! Famille qui est d’ailleurs parfaitement francophone (la fille de la YiaYia vit en France), ce qui facilite grandement la communication. Les chambres sont un peu excentrées par rapport à Adamas mais l’accueil et la terrasse ombragée accessible à tous en vaut la peine.

La famille fait aussi table d’hôte (il faut prévenir un peu à l’avance) mais nous n’avons pas testé faute de savoir précisément si nous allions rentrer suffisamment tôt de nos balades.

Bref si tu cherches avant tout la qualité du contact humain plutôt que le confort, c’est ici qu’il faut aller !

La carte

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