Quelmer, là où les bateaux meurent

En Bretagne, les bateaux aussi ont leurs cimetières. Si tu es du côté de Saint-Malo, tu pourras admirer de vieilles carcasses sur les bords de la Rance, à Quelmer.

Nous, on avait calé cette « visite » à notre retour d’une journée à Dinan, véritable pépite des Côtes d’Armor. Il faudrait que je t’en parle un jour, de cette ville… On est accueillies sous un petit crachin breton des familles. Forcément il fallait que des travaux nous obligent à nous garer à l’autre bout du hameau ! Mais tu sais bien, en Bretagne, les 4 saisons peuvent s’enchaîner en une seule journée. En moins de temps qu’il ne faut pour écrire cette phrase, les nuages se sont déchirés pour laisser place à un grand ciel bleu.

Les épaves sont bien là, plantées depuis on ne sait combien de temps sur cette grève des bords de Rance. On slalome dans un amoncellement de bateaux plus ou moins vieux, plus ou moins en « bon état » (tout est relatif dans un cimetière), en faisant gaffe aux cordages encore en place pour garder les bateaux dans leur dernier « port ». Je t’avoue que je me suis même demandé si on avait le droit de traîner là (ça c’est mon côté flipette 😊) !

Il y a un petit côté romantique dans ces cimetières à bateaux. On ne peut s’empêcher, en voyant ces carcasses de bois, de ferraille et de plastique, de penser aux histoires humaines qui se cachent derrière. Les sorties en mer dantesques pour les marins-pêcheurs qui n’ont d’autre choix que de braver les éléments – pourtant souvent hostiles en ces latitudes – pour gagner leur croûte. Le papi qui fait découvrir son petit « coin secret » à ses petits-enfants par une belle journée de juillet. La sortie « barbecue – bronzette » entre potes autour des îlots qui cernent Saint-Malo… A chaque bateau son histoire. Le rapport sentimental qu’entretiennent tous ces hommes et toutes ces femmes à leur bateau, c’est peut-être ça qui les pousse à abandonner leur monture sur le sable de la Rance plutôt que de les voir démantelés. Une façon de faire le « deuil ».

En tout cas moi c’est comme ça que je me l’explique.

Il y a un petit côté romantique derrière ces cimetières à bateaux. D’ailleurs, le lieu ne fait pas qu’inspirer les photographes. Graffiti, fresques et street art en font une mini galerie d’art à ciel ouvert. Des œuvres éphémères qui se décomposent au diapason de leurs « supports », attaquées par le sel marin, la violence des vagues hivernales et les puissants dards du soleil quand vient l’été. Je me suis dit que ça faisait un peu « urbex du pauvre » de visiter Quelmer. On découvre des trucs à l’abandon, mais sans l’adrénaline de l’illégalité, et ça, c’est parfait pour mon côté flipette !

On se pensait seules… ce n’était pas le cas. Des éclats de voix, des verres qui trinquent, des rires et de la musique s’élèvent au milieu de ce lieu abandonné. Une cabane faite de bric et de broc avait été installée entre les épaves par une bande de copains pour profiter de la vie simplement. Drôle de contraste pour un endroit où on fait le deuil de son bateau !

Je ne te cache pas que j’ai trouvé les lieux un peu déconcertants. D’un côté, mon œil d’amatrice de photo en voit un terrain de jeu formidable, riche en couleurs et en textures. Mon moi plus terre-à-terre a été gêné par la dimension « décharge sauvage », notamment à la vue de quelques bateaux qui avaient l’air fraîchement déposés. Quel impact sur l’environnement pour ces débris qui forcément se retrouveront un jour ou l’autre dispersés dans la mer ? Aurait-on une vision aussi romantique d’éventuels « cimetières à voitures » posés au milieu des champs ou de sites naturels ? Je serais bien incapable de te dire quelle partie de moi l’emporte sur l’autre. Mais le malaise était palpable.

J’apprends en préparant cet article que la préfecture d’Ille-et-Vilaine avait procédé depuis ma visite en juin 2021 à l’enlèvement des épaves les plus dangereuses et présentant le plus de risques pour l’environnement, conservant les bateaux ayant une dimension patrimoniale, et au démantèlement de la « cabane des copains ». Les temps changent, dirait-on.

Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Ruines, vestiges et sites archéologiques » qui est à l’honneur, piloté par Madeleine, du blog Jeune et affamée. Retrouve tous les articles de la team #EnFranceAussi sur cette carte :

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16 commentaires sur “Quelmer, là où les bateaux meurent

  1. Ces vieux bateaux sont superbes, mais on peut s’interroger effectivement sur le côté écologique pour certains. J’avais bien aimé le petit cimetière de bateaux à Camaret-sur-Mer, même pas à l’écart du centre, sur le chemin de la Tour Vauban. Il n’y avait que des bateaux en bois.

    1. Les vieilles carcasses en bois ou en métal sont très photogéniques. Après, pour les bateaux plus récents, je me disais que ça devait rejeter pas mal de microplastiques à la mer. ☹️

  2. Quel angle original pour ce thème, j’aime beaucoup !
    J’avais « visité » un cimetière à bateaux une fois et comme toi j’étais tiraillée entre l’étrange beauté du lieu et l’aspect pas reluisant du tout pour l’environnement.
    Très bel article en tout cas, et très jolies photos

  3. coucou, tout à fait en phase avec toi sur le côté ambivalent de ces « cimetières à bateaux » (mon fils dit que c’est plutôt une décharge sauvage !) : très photogéniques mais aussi peu soucieux de l’environnement. Près de chez moi, il y a le cimetière à bateaux du Bono où les carcasses se décomposent d’année en année…. mais qui ont été investis par des tags colorés.

  4. Comme toi, j’ai ce côté flipette qui fait que même si j’adore explorer des ruines, je me sens quand même plus tranquille quand je sais que c’est un vrai site où il est légal de se promener ! C’est vrai qu’au-delà du côté romantique, ce cimetière pose des questions environnementales… en tout cas, tu racontes vraiment bien tout ça, c’est un bel article !

  5. C’est étonnant ce cimetière de bateaux ! En effet, on doit être partagé entre le sentiment d’originalité du lieu et la sensation de pollution lente.
    En tout cas, merci pour cette découverte.

  6. Merci pour cette belle évocation poétique, insolite et surprenante ! Je ne connaissais pas de tels lieux. Belle découverte !

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