Sais-tu que quelque part en France, il existe un homme dont le métier est de faire tourner un pont sur demande à la seule force de ses bras ? Pour toi public, je me suis rendue en ce lieu insolite pour enquêter (bon, OK, j’étais en vacances pas loin et c’était sur notre route).
Bienvenue à Selles, village de bateliers de poche, 209 habitants au dernier recensement. Un bled planqué sur les rives du Canal des Vosges, tout au nord de la Haute-Saône. Bref, un patelin qui aurait pu rester lambda s’il n’hébergeait pas en son sein une curiosité désormais unique en France : un pont tournant 100% manuel. Je dis « désormais unique » car il y a quelques années encore, un autre pont tournant manuel existait, lui aussi situé sur le canal des Vosges. Mais il a été partiellement automatisé lors de sa dernière restauration. Le pont de Selles est donc bien seul en selle (passion jeux de mots) dans la catégorie « musclor » (en tout cas c’est comme ça que j’imaginais le gars chargé de tourner ledit pont).

La chance nous sourit dès notre arrivée sur site : un bateau de plaisance se présente sur le canal. Pas de bodybuildé en vue, l’employé des Voies navigables de France est doté d’un gabarit parfaitement banal. Sa seule arme ? Une manivelle qui lui servira à actionner le cric à crémaillère permettant de soulever le pont. 15 tonnes tout de même de ferraille, pas mal la bête ! Le reste se fera entièrement à la main, y compris l’abaissement de la barrière qui coupe la circulation automobile des deux côtés du canal.



De l’avis de notre pro du tournage de pont, c’est la mise en mouvement qui demande le plus d’efforts. Il y mettra tout son poids pour amorcer la rotation. La force de l’inertie et les roues sur lesquelles repose l’édifice feront le reste, et c’en est presque déconcertant de facilité. L’affaire est pliée en une minute à peine (et donc 2 minutes 30 environ si l’on compte le passage du bateau et la manip inverse pour remettre le pont en place) !
Impressionnées par cette démonstration de force et presque déçues que ce soit aussi rapide, on décide de suivre le bateau des plaisanciers sur le chemin de halage histoire de rester un peu plus longtemps que 5 minutes à Selles (et aussi pour faire nos commères et voir comment ils allaient s’en sortir dans les écluses, vu que c’est aux plaisanciers eux-mêmes de gérer leur passage). Nous quittons nos compagnons de canal à hauteur de l’écluse n°40. Retour au village.


C’est fou comme on a de la chance, un nouveau bateau se pointe à Selles ! Rebelote pour notre superhéros des VNF, qui s’emploie avec la même application à chaque passage de plaisanciers. Vient du coup la question que tout le monde se pose : mais combien de fois dans la journée doit-il tourner le pont ? Et bien ça varie grandement selon la saison. Tu me diras, c’est vrai qu’on s’imagine mal partir en goguette sur un canal de Haute-Saône en février ! Déjà qu’en plein mois d’août, les touristes ne se battent pas au portillon, alors en hiver…
Bref, je crois me rappeler que cela va de 3-4 passages par jour en ce moment jusqu’à plus de 20 en plein été. Monsieur doit avoir un record personnel à 27 ou 28, je ne sais plus exactement. Ça fait près de 420 tonnes à soulever et à bouger, soit la masse de l’ISS. Incroyable non ? Autant te dire que si tu veux voir la manip se dérouler sous tes yeux, il vaut mieux choisir juillet / août que le mois de novembre.


Voilà. Tu vas me dire : « tu es bien gentille mais je ne vais pas faire un aller-retour en Haute-Saône juste pour voir un gars tourner un pont ? » Pas faux. Mais c’est pas grave, parce que j’ai une idée de balade à proximité. Juste à côté de Selles, il y a Passavant-la-Rochère. Et à Passavant-la-Rochère, tu peux faire le tour d’un bel étang, t’arrêter déjeuner au Chalet du Lac, et poursuivre par la visite passionnante de la verrerie, pour peu que tu viennes entre la fin mars et le début du mois de novembre.
Mais ça, je te le raconterai dans un prochain épisode.
Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Insolite » qui est à l’honneur, piloté par Anne, du blog Travel Marmotte. Retrouve tous les articles de la team #EnFranceAussi sur cette carte :
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Le boulot de ce monsieur est impressionnant ! Ca du charme ces petites installations manuelles, déjà que les écluses, je trouve ça trop mignon et d’une autre temps, un temps qui avait plus le temps ! 😀
Oui, j’aime bien aussi ! Ce monsieur me disait justement qu’ils avaient fait le choix de rénover ce pont tel qu’il était à l’origine, avec ce dispositif manuel.
physique et insolite en effet!
J’ai eu de la chance de pouvoir assister à 2 passages de bateaux !
Quel travail physique !
Un petit peu de passé qui subsiste.
A Sète, ville avec de nombreux canaux, il y a plusieurs ponts qui se lèvent (ou tournent) plusieurs fois par jour pour laisser passer les grands bateaux… mais aucun n’est manuel. Heureusement.
La rénovation du pont a été faite pour conserver ce dispositif ancestral. J’aime ce genre de patrimoine pas tape-à-l’œil qui continue de faire vivre les techniques du passé.
Je pense qu’ils devraient convertir les ponts mobiles de Sète en ponts manuels également. Il y aurait là à coup sûr un réel challenge 😅
Tiens, tu me rappelles que j’ai vraiment envie d’aller découvrir Sète. Je crois que je vais me planifier ça a l’automne.
Effectivement c’est un métier insolite ! Difficile d’imaginer qu’il existe encore des métiers aussi atypique et physique de nos jours.
C’est génial d’avoir gardé cette authenticité à une époque où l’automatisation et la digitalisation battent leur plein. Chapeau à ce monsieur et merci pour cette belle découverte 🙂
J’adore ce genre de petite anecdote et ce petit patrimoine méconnu.
Ce petit bled m’a fait pensé à Long, dans la Somme, avec son écluse (automatisée) et sa mini centrale hydro-électrique.
Les bords de Somme, ça me tente vraiment d’aller marcher sur le chemin de halage !