Lille aux trésors

Habiter les Hauts-de-France et ne jamais avoir mis les pieds à Lille, quelle honte ! J’ai réparé cette erreur le temps d’un week-end, ou plutôt à l’occasion d’un pont du 14 juillet. J’ai découvert une ville charmante, accueillante, joyeuse, bien loin de l’image grisouille du climat du nord et de la brique rouge. Alors, on a ouvert la malle aux trésors de la capitale des Flandres.

On m’avait dit qu’elle était belle. Je me disais que oui, très certainement, mais bon, fallait pas non plus exagérer. Ça reste le nord, son climat triste, ses murs de briques sombres. Moi qui aime la lumière méditerranéenne, les ruelles étroites habillées de bougainvillées et de linge qui sèche, j’étais certaine qu’elle ne ferait pas le poids. Grave erreur ! Explorer Lille, c’est l’assurance de s’émerveiller à chaque coin de rue.

La ville entière est un trésor, que dis-je, une salle des coffres entière, et on ne m’avait pas prévenue qu’on allait y faire un casse ! Des trésors d’architecture, des trésors de culture… Nous sommes reparties de Lille avec les besaces pleines de beaux souvenirs.

Une balade à pied dans les rues du Vieux-Lille reste un incontournable pour s’imprégner de ce décor architectural d’une grande richesse.

Lille, c’est d’abord un trésor d’architecture. J’ai été frappée par l’exubérance de ses façades, dont la Grand’Place constitue un avant-goût. Le style Renaissance flamande s’immisce partout, de la sublime Vieille Bourse jusqu’aux maisons du Vieux-Lille en passant par la fastueuse place Rihour. Ce foisonnement d’ornements, de pilastres, de médaillons, de guirlandes sur le moindre espace bâti offre un décor spectaculaire avec lesquels seuls les édifices Art Déco disséminés çà et là peuvent rivaliser.

Quand les maisons ne s’embarrassent pas de ces fioritures, elles se parent de couleurs, comme pour compenser la grisaille du ciel. L’omniprésente brique rouge se voit souvent associée à la pierre pour former un joyeux duo, disparaît régulièrement derrière une couche de peinture, voire associe les deux pour plus de gaieté. Les huisseries prennent parfois des teintes turquoise, bleu ou vert histoire de compléter l’arc-en-ciel. Le charme opère de suite. Je ne suis pas restée insensible au style dépouillé de l’Ilot Comtesse, à la tranquillité de la place aux Oignons, au charme pavé de la rue de Gand (et sa porte fortifiée), à l’élégante perspective de la rue Faidherbe. Bref, une balade à pied dans les rues du Vieux-Lille reste un incontournable pour s’imprégner de ce décor architectural d’une grande richesse.

Il est un ovni au milieu de ce quartier : la cathédrale Notre-Dame de la Treille. De construction relativement récente (XIXe siècle), l’édifice n’a été achevé qu’en 1999 avec la pose de la façade principale, très dépouillée, qui m’a d’abord fait penser à une installation provisoire. Il faut pénétrer à l’intérieur pour découvrir l’habileté de l’architecte, qui joue avec la transparence d’un marbre pour apporter une lumière étonnante qu’on ne pouvait soupçonner depuis l’extérieur.

Autre maître de l’architecture, cette fois militaire. Sébastien Le Prestre dit Vauban a aussi sévi à Lille. Si la citadelle ne se visite pas (elle est encore occupée par les militaires), on peut néanmoins en faire le tour des remparts. Une balade bucolique au milieu des arbres et des herbes folles qui offre une respiration de nature dans cette ville très minérale. C’est au pied de la citadelle que se situe le zoo, que nous n’avons pas visité mais dont nous avons aperçu quelques facétieux résidents.

Sur le Boulevard Vauban tout proche, l’œil est attiré par l’aspect très « Poudlard » de la Catho et par le style orientalisant du Palais Rameau. Deux exemples parmi bien d’autres de la diversité architecturale lilloise, que l’on pourrait encore compléter par le style Belle Epoque du musée des Beaux-Arts ou l’architecture classique de la Porte de Paris.

Notre balade s’achève d’ailleurs juste à côté de ce monument, à l’hôtel de ville, dont l’architecture s’inspire largement de la Renaissance flamande, dans une version revisitée du XXe siècle (l’ancien hôtel de ville ayant été détruit dans un incendie en 1916). Son beffroi offre un large panorama sur la ville, et constitue donc le parfait endroit pour terminer notre tour de ville.

Née en 2004 dans le sillage de l’élection de Lille comme « capitale européenne de la culture », Lille 3000 propose tous les 3 ans un imposant programme culturel autour d’une thématique.

Dans tout ce labyrinthe de ruelles toutes aussi mignonnes les unes que les autres, la Grand’Place constitue un formidable point de repère. Forcément, c’est l’épicentre de la vie lilloise, là où on flâne, là où on se pose sur le rebord de la fontaine pour déguster une gaufre de chez Méert, là où on se retrouve entre amis pour prendre un verre ou simplement discuter. Bien cachée de la foule, la cour de la Vieille-Bourse est un spectacle à elle seule. On y joue parfois aux échecs, on y chine de vieux bouquins et, à la nuit tombée, on y vient parfois guincher. Un lieu de vie à part entière, animé et chaleureux. Bref, c’est un peu the Grand’Place to be !

Nous sommes tombées en plein festival Eldorado, un événement culturel de grande ampleur organisé par l’association Lille 3000. Née en 2004 dans le sillage de l’élection de Lille comme « capitale européenne de la culture », Lille 3000 propose tous les 3 ans un imposant programme culturel autour d’une thématique. En 2019, date de notre escapade lilloise, c’était le Mexique qui était à l’honneur. Si nous n’avons pas visité d’expositions liées à cet événement culturel, nous avons pu profiter tout au long de nos pérégrinations dans la ville d’un certain nombre d’œuvres d’art extérieures. C’est ainsi que l’îlot Comtesse arborait fièrement une petite collection de crânes mexicains en hommage au Día de los Muertos, ou que des Alebrijes géants (sculptures chamarrées d’animaux fantastiques) avaient pris possession de la rue Faidherbe. De gigantesques fresques street art avaient également vu le jour un peu partout dans la capitale des Flandres.

Bref, cet événement a tout l’air d’être un trésor de culture, et si tu as bien suivi, tu auras compris qu’il faudra attendre 2025 pour assister à la prochaine édition.

Il flotte sur Wazemmes comme un air de Méditerranée, où les cultures s’entremêlent dans une ambiance bon enfant.

Après le « physique », allons voir maintenant ce que Lille a dans le ventre ! Ça tombe bien, aujourd’hui, c’est jour de marché. Et à Lille, qui dit marché dit Wazemmes. Un panache bleu-blanc-rouge transperce le ciel gris au-dessus de nos têtes. C’est la Patrouille de France qui vient de nous faire une petite visite. Une introduction qui annonce une séquence haute en couleurs.

On débarque à Wazemmes par la rue Gambetta, où les camelots s’égosillent déjà pour attirer le chaland. Les halles de type Baltard émergent derrière les étals bigarrés. Le bâtiment abrite les commerces de bouche mais aussi des stands de restauration rapide aux diverses influences culinaires qui nous font déjà saliver. Dehors, on peine à se frayer un passage entre les étals qui dégueulent de produits en tout genre et le flot ininterrompu de badauds venus faire leurs emplettes.

On trouve de tout au marché de Wazemmes ! Des fruits et légumes comme des hidjabs, du poisson frais comme de la lessive. Une supérette à ciel ouvert et à prix cassés qui n’est pas sans rappeler le joyeux bordel du marché de la Plaine à Marseille. Il flotte sur Wazemmes comme un air de Méditerranée, où les cultures s’entremêlent dans une ambiance bon enfant. D’ailleurs, on y croise des passants de toutes origines, soulignant le côté multiethnique et multiculturel de Lille et de sa région. Un parfait trésor de bigarrure.

Finalement, le brouhaha de la halle nous semblera bien calme à côté de l’effervescence du dehors. Le lieu parfait pour déguster nos empañadas avant de poursuivre notre chemin.

Architecture, culture et bigarrure. Si on devait faire une synthèse de tout cela, c’est sûrement à Roubaix que je t’emmènerais. Nous, c’est même par cela qu’on a commencé.

Quoi de mieux qu’une bonne carbonnade flamande sur la Grand’Place de Roubaix pour démarrer ce séjour dans le grand Nord ! Confortablement installées en terrasse, nous avons tout le loisir d’admirer l’architecture éclectique des bâtiments qui bordent la place, à commencer par le magnifique Hôtel de Ville. Il faut prendre le temps d’admirer l’immense frise à la gloire de l’industrie textile, qui orne la partie haute de l’édifice, pour comprendre la quintessence de Roubaix. Une ville ouvrière, populaire et industrieuse, entièrement dévouée au textile, si bien que la chute de cette industrie l’entraîna dans un long et douloureux déclin. Mais une ville en pleine renaissance, portée par le dynamisme de sa vie artistique, entre musées têtes d’affiche et street art.

Nous sommes d’ailleurs venues ici pour la Piscine. En quelques années, ce musée est devenu un incontournable dans la région. Au-delà des œuvres qui y sont présentées, c’est son architecture Art déco qui m’a séduite. L’alignement de statues le long de l’ancien bassin – dont le souvenir est encore bien présent avec cette pièce d’eau centrale – me rappelle le mélange des genres de la Centrale Montemartini de Rome, que j’avais adorée.

Autant je m’attendais à aimer la Piscine, autant j’ai été plus qu’agréablement surprise par la beauté architecturale de Roubaix. Des alignements de façades autant colorées qu’ouvragées, une belle diversité de styles, de la fioriture à la flamande qui côtoie le style industriel brut ; le tout parsemé d’œuvres street art pour finir d’égayer les murs de la ville.

Un bon résumé de ce que furent ces quelques jours passés à Lille et ses alentours.

Mes bonnes adresses à Lille et à Roubaix

Brasserie de l’Hôtel de France, à Roubaix – Grand’Place

S’installer en terrasse, profiter de l’animation de la Grand’Place et déguster de bons plats flamands faits maison, tel est le programme que propose cette brasserie idéalement située en plein cœur de Roubaix. Nous avons opté pour le menu Ch’ti, qui propose une formule entrée – plat – dessert pour 25 euros. Un régal pour un prix plus que raisonnable, c’est assurément un bon plan !

Marché de Wazemmes, à Lille – Place Nouvelle Aventure

Rien de tel que le marché de Wazemmes pour se restaurer vite fait à petit prix ! Les halles d’inspiration Baltard abritent plusieurs stands de restauration rapide, avec une grande diversité d’inspirations culinaires. Cerise sur le gâteau, quelques tables et chaises vous permettent de vous poser tranquillement pour manger.

Le Verlaine, à Lille – 48 boulevard Jean-Baptiste Lebas

On est tombées un peu par hasard sur cette adresse et on n’a pas été déçues ! Des plats créatifs, goûteux, et une ambiance chaleureuse dans cette brasserie lilloise qui fait figure de cantine pour les travailleurs du quartier. C’est très bon et abordable, la cuisine est faite de produits frais grâce à un choix restreint sur la carte, qui semble bouger chaque jour. Un vrai coup de cœur pour cette adresse !

La Maison Méert, à Lille – 25-27 rue Esquermoise

Une institution lilloise, à deux pas de la Grand’Place. Chez Méert, la spécialité, c’est la gaufre ! La gaufre flamande bien sûr, plate et gourmande, qui se décline ici en plusieurs parfums. La maison propose également de nombreuses pâtisseries et des chocolats dans un sublime décor classé. Nous nous sommes cantonnées aux gaufres traditionnelles, à la vanille de Madagascar, mais la vitrine donne envie de tout tester !

Aux Merveilleux de Fred, à Lille – 67 rue de la Monnaie

Un autre classique lillois pour les palais sucrés. Le merveilleux porte bien son nom ! Ce gâteau à la meringue est aussi léger que sucré, un vrai bonbon en bouche ! Il existe plusieurs parfums, tous aussi bons les uns que les autres. Petit coup de cœur personnel pour l’Incroyable, qui allie la chaleur du spéculoos à la rondeur du chocolat blanc. Un vrai régal !

Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Un week-end à… » qui est à l’honneur, piloté par Madeleine du blog  Jeune et affamée. Tu trouveras les autres billets rédigés par mes camarades blogueurs et blogueuses sur cette carte :

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14 commentaires sur “Lille aux trésors

  1. Ça me donne encore plus envie de découvrir à Lille ! ( je suis en couple avec un Lillois, et j’ai à peu près juste vu la Grand’Place jusqu’à présent T_T… un comble ! 😀 )
    Par contre à chaque visite dans sa famille, on se gave de merveilleux, et je suis d’accord, ce gâteau porte très bien son nom ! 😀

    1. Je viens de me rendre compte que ma réponse n’était pas passée.
      Allez, petit challenge pour la prochaine fois o tu vas à Lille : aller au-delà de la Grand-Place !

  2. J’ai de bons souvenirs de Lille, sauf que la dernière fois, c’était une sacrée purée de pois humide 😀
    En vrai, j’ai du y aller 3 ou 4 fois, la première remonte à 2008 !
    On avait mangé un welsh sacré plat !
    J’avais beaucoup aimé le vieux lille préservé avec ses pavés et ses briques rouges, cela conférait une certaine unité à la ville, bon après j’imagine qu’en dehors c’est moins ça
    Jolie présentation en tout cas !

    1. Je suis passée dans des quartiers un peu moins centraux et ça reste plutôt sympa (bon, pas le même charme mais la brique rouge fait son effet). Merci de ta visite.

    1. C’était très sympa ! En plus la surprise était totale car on ne connaissait pas l’existence de ce festival. Écrire l’article m’a donné envie de revenir à Lille pour l’occasion !

  3. Je prévois d’y aller bientôt, afin de changer un peu d’air de la banlieue parisienne…
    La cathédrale Notre-Dame de la Treille est assez impressionnante. Je suis assez surpris que tu aies pu faire autant de choses en si peu de jours et c’est une bonne chose ! 3/4 jours pour visiter Lille semblent suffisant.

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