Arles, panem et circenses

Arènes d'Arles

La suite de mon railtrip à travers les plus belles lignes de voie ferrée de France me mène en Provence. Après deux jours de visite à Clermont-Ferrand et des heures passées à baver devant la beauté des gorges de l’Allier derrière les vitres du Cévenol, je débarque au bord du Rhône, dans une ville hantée par son passé antique. Arles, 2500 ans d’histoire, une « mini-Rome » et un fleuve qui n’a toujours pas livré tous ses secrets archéologiques ont séduit l’amatrice de ruines romaines que je suis.

Lundi 5 août 2019. J’avais coché cette date depuis longtemps ; c’était le jour des gorges de l’Allier. Tu t’en souviens peut-être, c’était précisément pour elles que j’avais planifié ce voyage au lent cours, et repéré des villes-étapes au milieu histoire de « rentabiliser » le trajet. Et puis à l’arrivée, j’avais rendez-vous avec l’Histoire. Mon amour pour les vieilles pierres, surtout si elles viennent de l’Antiquité, serait largement comblé les deux jours à venir.

Pour cette deuxième étape, j’avais longuement hésité avec Nîmes et Avignon. Finalement, Twitter avait choisi pour moi ; au petit jeu du sondage, Arles l’avait emporté haut-la-main. C’est donc par une belle soirée d’été que je débarque en capitale camarguaise. Comme un symbole, mon premier regard sur la ville se tourne vers le Rhône, ce fleuve par qui tout a commencé. Si Arles possède aujourd’hui un patrimoine antique aussi riche, c’est notamment parce que la ville occupe une position idéale sur le fleuve, au débouché des grands axes de communication, et possède un port qui la relie à Rome et à l’Orient (et aussi parce qu’elle avait copiné avec Jules César, contrairement à la rebelle Marseille).

Arles - L'hôtel de la ville et la cathédrale St Trophime
arènes d'Arles la nuit

Commedia del Arles

Après avoir passé la matinée à glandouiller devant mon thé (les œufs durs, ça met du temps à refroidir), je finis par me mettre en branle, direction l’office de tourisme, qui me vendra un pass Liberté qui fait bien son job. Le sésame me donne accès à 4 sites antiques et un musée ; bref, de quoi occuper mes deux journées arlésiennes.

Une étude rapide du fascicule me permet de composer un programme aux petits oignons, qui débute vers midi au théâtre antique. Oh ce n’est pas Orange, mais le bel état des gradins et les quelques restes de colonnes qui émergent de la scène suffisent pour me mettre dans l’ambiance. Très vite, une troupe de comédiens prend place dans l’orchestra. Avec une voix de stentor, notre guide-comédienne troque les traditionnelles considérations architecturales contre des explications sur ce qu’était le théâtre à l’époque romaine, directement illustrées par ses camarades de troupe. Cerise sur le gâteau, cette visite ludique et instructive ne coûte pas un rond de plus. Autant te dire que je ne peux que conseiller cette manière alternative de découvrir les lieux !

théâtre antique d'Arles
théâtre antique d'Arles
théâtre antique d'Arles
théâtre antique d'Arles

Non morituri te salutant

La suite du programme, c’est à 15h que ça se passe, ce qui me laisse largement le temps de déguster les recettes provençales du Lion d’Arles. 45 minutes avant l’heure dite, j’arpentais déjà les travées des arènes. Curieusement, elles apparaissent bien plus impressionnantes de l’intérieur que de l’extérieur. Moi qui pensais avoir le temps d’observer le monument dans ses moindres détails, je me retrouve à galérer comme jamais pour repérer l’accès à la tour nord, où un panorama incomparable sur la ville et l’édifice m’attendait. Le graal est atteint à peine quinze minutes avant l’entrée en piste des gladiateurs, ce qui laisse somme toute assez peu de temps pour profiter de la vue, retrouver comment accéder à la partie de gradins visée et traverser le monument sur toute sa longueur pour m’installer au meilleur endroit possible pour assister au spectacle.

Arènes d'Arles

C’est l’heure ! Après deux-trois explications sur les spectacles de gladiateurs dans l’Antiquité, où l’on apprendra que le combat à mort était vraiment exceptionnel vu le prix que coûtait leur formation, le speaker annonce les provocatores. Au XXIe siècle comme au Ier siècle après J.C, c’est toujours par eux que s’ouvre le spectacle. Le bruit sourd des boucliers qui s’entrechoquent résonne dans toute l’arène. Depuis les tribunes, on ressent l’intensité physique que demande ce combat mené sous un soleil de plomb et avec des éléments de protection d’un poids conséquent.

Après ce bref mais intense duel, les deux adversaires laissent leur place à un duo hoplomaque / thrace. Des boucliers plus petits, de forme différente mais une sensation de combat à armes presque égales qui impressionne le public présent. La physionomie du combat change drastiquement avec l’apparition de la tant attendue opposition entre le rétiaire et le secutor. Armé d’un simple trident et de son traditionnel filet, le rétiaire a bien du mal à contrer les attaques de son opposant, dont les armes sont bien plus faciles à manier. S’ensuit une sorte de course-poursuite plutôt rigolote où le rétiaire tente désespérément d’échapper à la mainmise offensive de son compagnon d’infortune, tout en lançant au petit bonheur la chance son encombrant filet de pêche avec le maigre espoir d’attraper son gros poisson.

Là encore, la démonstration de force est comprise dans le prix de la visite, ce serait dommage de s’en priver ! Les horaires de représentation sont indiqués dans la brochure distribuée par l’office de tourisme.

Spectacle de gladiateurs aux arènes d'Arles
Spectacle de gladiateurs aux arènes d'Arles
Spectacle de gladiateurs aux arènes d'Arles
Arles vue des arènes
La vue depuis la tour nord des arènes

Cryptovisite

C’est à l’issue d’une visite guidée sans grand relief que je me décide à utiliser mon troisième laissez-passer pour découvrir le site antique le plus underground de la ville. J’aurais préféré voir les Alyscamps mais l’heure déjà tardive et l’éloignement relatif m’ont fait préférer un site peu transcendant visuellement mais néanmoins original par sa fonction. Je te vois te balader insouciant sur la place ombragée du Forum mais sais-tu un instant ce qui se trame sous tes pieds ? Pauvre ignorant !

Pour le savoir, go l’hôtel de ville, où se trouve l’entrée des Cryptoportiques. Le site antique le plus caché de la ville d’Arles – et de loin le plus frais – est entièrement souterrain et consiste en fait en des fondations qui permettaient au Forum de bénéficier d’un sol plat. La place entière est donc soutenue par un immense système de voûtes, réparties en un long couloir en U où il fait bien sombre.

Rien d’autre à voir qu’une forêt de piliers et quelques bouts de colonnes ou autres restes d’époque. J’aurais au moins pris le frais avant de profiter de la lumière déclinante sur les quais du Rhône et de partir en quête d’une bonne table pour dîner. L’Apostrophe, située sur cette même place du Forum, fera mon bonheur avec une assiette à tomber par terre !

Rouge et Arelate

Deuxième jour, je n’ai rien appris de mon expérience de la veille (rapport aux œufs durs) et je décolle encore tardivement de l’hôtel pour aller visiter le Musée de l’Arles antique. Celui-là, j’avais grand hâte de le visiter, parce qu’il recèle de véritables trésors, témoins de l’importance de la cité à cette époque. Mais avant il faut marcher, longtemps, le long du Rhône. Croiser quelques œuvres de street art à mesure que l’on s’éloigne du centre. Traverser un jardin à la fois sobre et labyrinthique dont la forme rappelle le cirque, qui se trouvait sur le terrain attenant et dont il reste quelques vestiges visibles. Le musée est là, devant moi, tout de bleu vêtu.

Street art à Arles
Le Rhône à Arles

Dès l’entrée, on est happé par la muséographie moderne et aérée, qui propose un classement chrono-thématique des collections. La première star du musée surgit de son écrin rouge terracotta, aménagé expressément pour elle. Le buste de César, exfiltré des eaux du Rhône en 2007 à l’occasion d’une campagne de fouilles subaquatiques, impressionne par la finesse de ses traits et son état de conservation quasi impeccable, à l’instar de tant d’autres statues qui défilent sous mes yeux ébahis. Assurément, le cocon de vase offert par le fleuve a préservé force trésors. A commencer par cet impressionnant chaland de plus de 30 mètres de long encore équipé de son chargement de pierres, qui a eu droit à sa propre extension de musée pour lui tout seul ou presque. Un film d’une vingtaine de minutes présente l’épopée de sa découverte et de sa sortie de l’eau, avec toutes les complications techniques et les précautions que cela implique. A côté, une impressionnante collection de vases et amphores en provenance de tout l’Empire romain démontre l’importance commerciale d’Arelate.

Des objets de la vie quotidienne aux collections issues des différentes activités économiques de la ville, le musée te fait prendre la mesure de de ce qu’était l’Arles antique, avec moultes explications sur les aspects civilisationnels. Le retour des murs rouges annonce la dernière section du musée, qui n’en demeure pas moins spectaculaire. Un ensemble de belles mosaïques rappelle la richesse des villas romaines du quartier Tinquetaille. Tu pourras les admirer encore mieux depuis le poste d’observation aménagé en hauteur. La visite s’achève par une impressionnante collection de sarcophages paléochrétiens remarquablement conservés. Je sais, j’ai utilisé beaucoup de superlatifs pour parler de ce musée mais que veux-tu, j’adore tout ce qui a trait à l’Antiquité !

Bref, je suis restée des heures sans m’en apercevoir et il doit bien être 15h quand je sors du musée le ventre vide. Par chance, un food truck installé sur le parvis contentera ma faim.

Partir en mauvais therme

Le repas frugal avalé en quatrième vitesse et le trajet retour effectué au pas de charge et me voilà déjà devant l’entrée des thermes de Constantin pour une visite guidée que je me suis calée en plus du pass. Un groupe bien trop grand et une guide bien trop en confiance me laisseront un goût amer, si bien que je ne suis même pas sûre d’avoir réellement apprécié le site, pourtant parmi les thermes les mieux conservés de France. La hauteur des murs encore debout ferait presque oublier que le monument est engoncé dans les ruelles escarpées du vieil Arles.

Peu importe ! Les ruines permettent encore d’observer l’hypocauste, témoin de l’astucieux système de chauffage qui alimentait le caldarium. De mon côté, j’ai été quelque peu échaudée par cette guide qui prétendait mieux savoir que les archéologues et dont les propos étaient contredits par les panneaux explicatifs implantés sur site. Bref, j’aurais pu me contenter d’une visite libre, c’eût été amplement suffisant (et j’aurais profité du site sans la foule réunie pour la visite guidée).

Thermes de Constantin à Arles

Le conte est bon

Heureusement, la dernière visite prévue grâce à mon pass Liberté relèvera le niveau haut-la-main ! J’ai même envie de dire que c’est un final en apothéose, tant je suis sortie du cloître de l’église Saint-Trophime le sourire aux lèvres.

Dans la douceur d’une fin d’après-midi d’été, les visages expressifs qui habillent les chapiteaux du cloître se sont mis à parler. Personnages légendaires, saints et monstres prennent vie à travers les jolis mots de Fabien Bages, conteur de son état. Une escale poétique hors du temps, au cœur des légendes de ce bout de Provence murmurées à l’ombre de galeries hésitant entre roman et gothique.

Cloître de St Trophime

Encore bercée par les belles histoires qui m’ont été contées, je ne pouvais me résoudre à retrouver là, maintenant, l’effervescence vespérale de la place de la République. Profiter encore des derniers moments de silence dans ce lieu à l’architecture si douce, sans autres fioritures que ces figures mythologiques dont certaines ont accepté de me révéler leurs secrets. Regarder l’ombre portée des arcades disparaître peu-à-peu à mesure que le soleil décline depuis l’étage. S’amuser une dernière fois avec les jolies perspectives que les cloîtres savent si bien offrir Et puis se faire déloger par le gardien parce que Saint-Trophime doit fermer.

Hasta Roquette

Pour mon ultime déambulation arlésienne, j’avais choisi de sillonner les rues d’un ancien quartier de pêcheurs dont j’avais aperçu la mignonnerie potentielle en me rendant au musée de l’Arles antique. Au bout du bout du cœur médiéval de la ville, la Roquette aligne ses maisons provençales aux volets colorés. Dans les ruelles vides, on croise des madones au coin des façades et de vieilles enseignes fatiguées. Les fenêtres entrouvertes laissent échapper des effluves d’ail et de sardines grillées. Je me balade sans but au son des casseroles et des légumes qui rissolent. Bref, je suis venue ici sans autre but que d’humer une dernière fois un certain art de vivre à la méditerranéenne. Et on peut dire que sur ce point, la Roquette a atteint sa cible.

Arles
vieille enseigne à Arles

Carnet d’adresses

Où dormir à Arles ?

Hôtel du Musée

11 rue du Prieuré

Le charme d’une maison de maître provençale et la proximité de l’hyper-centre, voilà ce que propose l’hôtel du Musée. Un petit cocon au calme, où tu n’auras qu’à traverser la rue pour accéder au musée Réattu. La chambre simple n’est pas bien grande mais confortable et répond entièrement à mes attentes (en même temps je ne suis pas difficile en la matière). Accueil sympathique et prix raisonnables pour ce joli 3 étoiles qui constitue un point de chute idéal.

De toute façon, je te l’aurais conseillé rien que pour son magnifique patio à trois niveaux qui te donnera envie d’étirer le petit-déjeuner jusqu’à pas d’heure.

Petit détail qui peut avoir son importance , l’hôtel se situe en zone semi-piétonne. Si tu viens en voiture, n’hésite pas à appeler la réception pour l’ouverture des bornes.

N’oublie pas de réserver directement via le site de l’hôtel ou par téléphone, c’est mieux pour l’hôtelier et toutes les chambres ne sont pas commercialisées via les plateformes. Il est donc possible qu’il reste des disponibilités alors que les plateformes affichent complet.

Site web

Où manger à Arles ?

Dune

8 rue Réattu

Un bon petit resto aux saveurs d’Orient à deux pas de l’hôtel, que demander de plus ? Ici c’est le royaume du couscous, mais pas que. J’ai opté pour une assiette libanaise parce que le houmous quoi.

L’apostrophe

7 place du Forum

Probablement mon meilleur souvenir culinaire de la ville, à me faire oublier que je mangeais toute seule. De la beauté dans l’assiette et une explosion de saveurs en bouche ! Je me suis régalée devant ce pain perdu à la truite, qui était accompagnée d’une multitude de petits légumes simplement assaisonnés avec un filet d’huile d’olive pour apporter un peu de fraicheur. Divin !

Site web

Cuisine de comptoir

10 rue de la Liberté

Un resto dédié aux tartines, mais quelles tartines ! C’est simple et délicieux, réalisé avec de bons produits frais et du pain de grande qualité (Poilâne). Je suis fan de la déco intérieure, beau mélange entre l’esprit bistrot d’antan et des touches contemporaines.

Site web

Le lion d’Arles

Idéal pour reprendre des forces avant de partir à l’assaut des Arènes, sur lesquelles donne la terrasse. Une cuisine de bistrot traditionnelle, aux saveurs du sud.

Site web

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2 commentaires sur “Arles, panem et circenses

  1. J’adore Arles, notre ancienne capitale des Gaules, délicieusement romaine, latine, chrétienne, mais surtout, j’adore te lire, j’adore ton humour, ton ton décalé, tes jeux de mots et ces jolies photos de détails… merci !

    1. Merci de ta visite et de tes compliments ! Pour ce qui est des jeux de mots, c’est vrai que je me suis surpassée sur cet article (et encore j’en avais d’autres en stock)

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