Saint-Véran, autant en emporte le temps

Du haut de ses 2040 mètres d’altitude, Saint-Véran picore les étoiles et aligne ses vieilles fustes au soleil étincelant du Queyras. Là-haut, tout semble suspendu : le village au ciel, mais surtout, surtout, le temps. XVIIe, XVIIIe, XIXe, XXe, XXIe, on ne sait plus vraiment à quel siècle on navigue lorsqu’on arpente la longue rue où se succèdent dans une douce harmonie les ancestrales façades de pierre et de bois. Aujourd’hui, c’est un voyage dans les temps anciens que je vous propose.

On a actionné la machine à remonter le temps et on s’est retrouvés là, dans ce bout du monde alpestre où rien ne semble avoir bougé depuis des lustres. En contre-haut du bas-côté où nous avons dû laisser la voiture, une enfilade de toits pointus et un clocher élégant dans sa sobriété émergent au milieu des herbes folles. On y est !

Depuis des siècles, Saint-Véran aligne ses maisons de bois et de pierres à 2040 mètres d’altitude. Les 22 degrés du jour feraient presque oublier les conditions exigeantes dans lesquelles évoluent les quelque 220 saint-véranais, perchés là-haut dans ces montagnes queyrassines si difficiles d’accès.

Que dire de leurs ancêtres qui, dans des temps pas si éloignés, cohabitaient avec leurs bêtes pour profiter d’un peu de chaleur ! Le joyeux bric-à-brac de la « vieille maison traditionnelle » témoigne de ce mode de vie révolu avec un certain sens de l’humour et une pointe de malice qu’on devinait dans les yeux de son truculent propriétaire, octogénaire bon teint, tout fier de présenter la maison restée dans son jus de 1976, où il vécut. On se serait d’ailleurs aisément cru au XIXe siècle sans tous ces panneaux d’explication emphatiques à l’excès, à base « d’authentique berceau de bois où j’ai dormi bébé », de « mon vrai cartable de quand j’étais petit », du « véritable costume de mariage de la grand-mère » et de fautes d’orthographe disséminées à grande échelle. Cette maison située en bas du village, tu ne pourras pas la louper, sa porte d’entrée étant aussi chargée que son intérieur !

J’enrage d’avoir raté le musée du Soum, qui présente de façon plus ordonnée la vie d’antan à Saint-Véran dans cette vieille fuste datée de 1641. La faute à une cueillette « à froid » dès le début de notre balade dans le village et à une promesse de « on repassera dans l’après-midi » vite oubliée devant la beauté architecturale des lieux.

Tant pis ! La visite du village nous plonge déjà dans une ambiance où le temps semble suspendu depuis longtemps. Auréolé du label « plus beaux villages de France », Saint-Véran prend soin de conserver son architecture traditionnelle, y compris dans ses constructions les plus récentes. Les maisons suivent presque toutes le même schéma : rez-de-chaussée en pierres, parfois recouvert d’un enduit clair et agrémenté d’un cadran solaire, 2 ou 3 étages de rondins de bois empilés auxquels se greffent de larges balcons, la fuste, qui servaient à faire sécher les foins, toits de bardeaux de mélèze ou de lauzes. Le tout dans un panorama de pics acérés, de forêts de mélèzes et d’alpages verdoyants.

Les maisons s’alignent le long d’une unique rue qui finit tout de même par se dédoubler à hauteur du temple protestant, histoire que chacun ait droit à son morceau de soleil. On ne voit plus guère les espaces laissés vides entre les cinq quartiers pour éviter que le feu ne se propage à tout le village, mais il reste tout de même quelques traces encore visibles de cette organisation d’autrefois, du temps où les habitants se retrouvaient autour de la fontaine, du lavoir ou du four à pain du quartier, dont il subsiste quelques exemplaires. On dénombre aussi six croix de mission, qui marquaient le passage d’un missionnaire à Saint-Véran. Dans le Queyras, elles sont ornées des symboles de la Passion du Christ, ce qui leur donne un cachet tout particulier.

La foi des saint-véranais s’exprime aussi dans l’attention portée à l’église du village. La sobriété de son extérieur (Wikipedia mentionne que son architecte était protestant) contraste avec l’exubérance de son retable baroque et de son porche d’influence lombarde qui accueille croyants et visiteurs avec ses deux lions stylophores, comme souvent dans les Hautes-Alpes. Certains diront que l’un des lions représenterait la Coulobre, ce dragon qui terrorisait la Fontaine-de-Vaucluse et qui fut chassé de sa résurgence par l’évêque de Cavaillon, qui répondait au doux nom de… Saint-Véran ! La légende raconte que le monstre se serait envolé vers les Alpes pour tomber au niveau du village queyrassin, où il mourut.

Bref, tout ça pour dire qu’il flotte dans ce petit village du Queyras comme un air de France d’autrefois, bien que la modernité y soit désormais largement implantée. En témoigne ce discret panneau « téléski » repéré sur la rue principale qui indique que Saint-Véran a lui aussi succombé à la manne des sports d’hiver, probablement parce qu’il n’y a pas vraiment d’alternative pour garder sa population au bercail. Plus haut, sous la cime du Pic de Châteaurenard, l’observatoire de Saint-Véran te propose de passer la nuit à observer les étoiles, grâce aux équipements fournis par l’Observatoire de Paris.

Situé à mi-pente, le village semble s’évertuer à atteindre les cieux. D’ailleurs, ne dit-on pas de Saint-Véran qu’il est « le pays où le coq picore les étoiles » et « la plus haute commune où se mange le pain de Dieu » ? Pour nous, il est déjà temps de rejoindre le plancher des vaches et de reprendre le cours du temps.

Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, Pierre, du blog Mon Grand Est nous invite à découvrir la France d’antan.

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18 commentaires sur “Saint-Véran, autant en emporte le temps

  1. Il est vraiment sympa ce village, plein de détails à photographier et en plus l’environnement a l’air superbe. Je retiens l’idée d’y aller pour observer les étoiles !

  2. J’y suis allée il y a quelques années et j’avais adoré (bien que je sois plus team Savoie). Les maisons sont effectivement bien conservées, plein de petits détails, les fontaines, les fleurs .. cela doit être assez récent de pouvoir observer les étoiles, ça ne me dit rien mais ça doit être très chouette ! 😁

    1. Effectivement, concernant l’observatoire, il a été ouvert à tous après sa rénovation en 2015, même s’il semble toujours dépendre de l’Observatoire de Paris.

  3. Merci par ta participation !! Saint-Véran, c’est un de ces villages légendaires des Alpes que j’aimerais visiter un jour 🙂

  4. Yes, une chouette destination – j’y ai été l’an dernier et j’ai raté aussi la maison du parc. Mais j’y retourne bientôt. Merci de nous faire rêver avec cette belle visite !

  5. Merci Annabelle ! C’est un village magnifique doublé d’un panorama sublime (la montagne quoi !). c’est vrai qu’avec le label, on est rarement déçu !

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