Elle pue, elle n’est pas vraiment jolie, mais je l’aime quand même !

Salut, jeune padawan ! Comme tu auras pu le remarquer, ce blog est en état végétatif depuis début juillet, la faute à la torpeur estivale et surtout à une certaine flemme. C’était sans compter l’épisode #EnFranceAussi de ce mois de septembre, qui revient en pleine forme avec un thème alléchant : les villes mal aimées. Alors on remercie Sylvie, du blog Le coin des voyageurs, initiatrice de ce rendez-vous incontournable de la blogosphère voyage, et Alexis, du blog Les petits explorateurs, pour avoir eu l’idée d’un thème aussi génial !

Le choix de la destination n’a pas été trop dur pour moi. J’habite dans l’une de ces villes dont l’évocation peut parfois susciter chez l’interlocuteur une légère contraction des muscles faciaux, appelée autrement « sourire poli », voire un soupçon de commisération.

Cathedrale_Beauvais_7

Cette ville, c’est Beauvais. 55 000 habitants, préfecture de département, posée dans une cuvette au milieu de grandes plaines agricoles sans âme, quelque part entre Paris et Amiens. Une ville qualifiée de « puante, sonnante et médisante » au XVIIIe siècle, preuve que sa réputation ne date pas d’hier. Bref, une ville moyenne lambda de province, qui a quand même su tirer son épingle du jeu dans la catégorie des « mal aimées ». En effet, cher padawan, sache que Beauvais figure dans le top 10 des pires villes de France sur Topito, et ça, c’est quand même un beau succès !

Aux yeux des autres, Beauvais, c’est « la ville qui pue avec le pire aéroport du monde » (encore un top 10 de niveau international). Et pourtant… Derrière cette image pas très glamour se cache une ville aux multiples facettes, riche d’un patrimoine étonnant et de savoir-faire encore bien vivants.

Alors oui, tu seras surpris·e de voir de moins en moins de maisons anciennes à mesure que tu t’approches de l’hyper centre. A Beauvais, le charme de la brique du nord et des volets « bleu de guède » si fréquents en Picardie opère surtout dans les faubourgs, qui ont encore gardé leur âme de villages. A l’instar de Paris, Beauvais s’est développée en avalant ses voisins à mesure que sa population progressait. On ne vient pas de Beauvais. On vient de Marissel, de Voisinlieu, de Saint-Just-des-Marais.

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La place Jeanne Hachette, symbole de la reconstruction

Le centre ville, lui, a subi les vicissitudes de l’Histoire. La guerre, la Grande, a rayé de la carte des quartiers entiers. Tout le bâti ancien a disparu hormis de rarissimes îlots éparpillés par-ci par-là. Charge à toi de les retrouver en déambulant dans le centre (mais si je peux te donner un indice, le plus bel exemplaire se trouve dans la charmante rue du 27 juin, notre « rue de la soif » à nous, Beauvaisiens et Beauvaisiennes). Fort heureusement, les deux bombardements n’ont pas eu raison des bâtiments les plus emblématiques de la ville, et l’amateur / amatrice de patrimoine que tu es trouvera largement satisfaction.

Je ne pouvais pas ne pas commencer cette balade par LA star incontournable de Beauvais : la cathédrale. Elle détonne par son look pas fini mais on n’est pas peu fiers de répéter à l’envi qu’elle possède le plus haut chœur gothique au monde et une drôle d’horloge astronomique, sûrement la plus belle du genre en France ! Prépare-toi à te casser les vertèbres pour t’ébahir devant les 48 mètres et 50 centimètres de la voûte. Si tu as un œil de lynx et que tu aimes les challenges, tu peux aussi tenter de repérer les quelques signes du passé très mouvementé du prestigieux édifice. Et si tu veux en savoir plus sur ledit passé mouvementé, c’est par ici que ça se passe. Ah, encore une chose ! Ne sors pas de la cathédrale sans avoir assisté au spectacle de l’horloge astronomique. La mécanique très bien huilée de ce chef d’œuvre d’Auguste-Lucien Vérité n’en sera que plus impressionnante (surtout quand tu réalises que tu as face à toi un puzzle de 90 000 pièces).

Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais - l'horloge astronomique
Fascinante horloge astronomique

En sortant, ton regard sera probablement happé par les deux tours massives du Mudo, le Musée départemental de l’Oise. Vas-y, entre (c’est gratos) ! En passant sous le porche, tu découvriras l’élégante façade d’inspiration Renaissance de l’ancien Palais épiscopal, qui regroupe aujourd’hui les collections départementales (essentiellement des peintures et des céramiques) et des expositions temporaires. Quand le musée à réouvert après des années de travaux, j’avais été contente de retrouver l’immense toile inachevée de Thomas Couture, l’Enrôlement des volontaires. Assurément l’œuvre la plus marquante du Mudo. Le musée organise régulièrement des visites ou des animations insolites et participe à la Nuit des Musées, une façon originale de découvrir ce lieu chargé d’histoire. J’aime me balader dans le jardin du musée, surtout lorsqu’il sert d’écrin à la parade des Beauvénitiennes, en octobre. Les costumes énigmatiques et extravagants faits main à force de patience par des mordus du carnaval de Venise siéent à merveille aux vieilles pierres blanchies du musée.

Au gré de tes déambulations dans l’hyper centre, tu tomberas sûrement sur l’église Saint-Etienne, son vitrail star représentant l’arbre de Jessé et son gros clocher un peu chelou qui en fait toute son originalité. Tu verras certainement ces restes de muraille aux carreaux de pierre bien ordonnés ; et tu seras surpris·e, vu l’état impeccable, d’apprendre qu’ils datent de l’époque gallo-romaine. Et puis tu rencontreras Jeanne. L’autre Jeanne. Jeanne Hachette. Une figure féminine célébrée dans toute une ville, ce n’est pas si fréquent. Jeanne Hachette a combattu avec vaillance les Bourguignons de Charles le Téméraire lors du siège de la ville, en 1472. Elle est aujourd’hui encore l’héroïne de Beauvais, fêtée inlassablement chaque année depuis presque 550 ans.

L’autre joyau de Beauvais fait dans la discrétion. En bordure de ville, face à un champ et une rangée de peupliers, un long mur de briques et de pierres coupé d’un portail en bois derrière lesquels émerge un discret clocher et divers bâtiments. Il faut passer le portail pour découvrir toute l’ampleur de la Maladrerie Saint-Lazare. L’église, le logis, la grange et la maison de l’administrateur ont traversé les siècles et constituent aujourd’hui l’une des léproseries les mieux conservées du nord de la France. Le site est aujourd’hui agrémenté d’un joli jardin d’inspiration médiévale. La Maladrerie peut se visiter librement, mais ce serait dommage de passer à côté d’une expérience de visite plus intimiste. Laisse-toi guider par le « Sonopluie », qui t’invite à découvrir les secrets de ce monument emblématique en prenant le temps d’observer, de ressentir l’âme des lieux. Les témoignages alternent entre explications historiques ou architecturales et anecdotes plus personnelles.

Mais le secret le mieux gardé de Beauvais, c’est sûrement son savoir-faire. De son passé de « ville drapante », Beauvais a conservé une Manufacture nationale héritée de Colbert. Depuis le XVIIe siècle, la Manufacture de Beauvais fabrique des tapisseries dont la renommée égale celle des célèbres Gobelins. Aujourd’hui encore, on y fabrique des œuvres destinées à meubler ambassades et ministères, avec l’étonnante technique de la basse-lisse, qui contraint les lissiers à tisser à l’envers et à jouer de la pédale. Le site, qui dépend du Mobilier national, dont je t’ai déjà parlé sur ce blog, est ouvert à la visite les mardis, mercredis et jeudis après-midi (réservation obligatoire).

La brosserie et la tabletterie ont longtemps été une activité importante en Beauvaisis. S’il ne reste plus grand-chose de cette ancienne filière, la ville peut aujourd’hui s’enorgueillir d’être pionnière dans la fabrication de brosses à dent « 100% made in France » grâce à La Brosserie Française. Si l’usine ne se visite pas, tu pourras toujours passer devant les anciens bâtiments de son ancêtre, La Brosse et Dupont (qui existe encore mais qui a fui Beauvais depuis un certain temps). Ou bien pousser un peu plus loin, au moulin-musée de la brosserie, situé à Saint-Félix. Plus au sud, à Méru, c’est le travail de la nacre et la tabletterie qui sont à l’honneur au Musée… de la nacre et de la tabletterie.

Mais revenons à Beauvais, puisque c’est le sujet de notre article du jour. La prochaine étape de de ce parcours de découverte te ramène dans le centre ville et ses proches abords et t’invite à lever les yeux et à observer. Sur de nombreuses façades, carreaux et autres décorations de céramique trahissent une passion locale pour la terre cuite. Avec son sous-sol argileux, le Beauvaisis et le Pays de Bray voisin ont développé un véritable savoir-faire en la matière. N’hésite pas à pousser jusqu’à l’extravagante Maison Gréber et sa façade couverte de carreaux de grès et autres excentricités. Et si le cœur t’en dit et les jambes te le permettent, sache que le Groupe de recherche et d’études sur la céramique du Beauvaisis a recensé 61 maisons avec un décor de céramique dans toute la ville.

La terre cuite fait encore vivre un certain nombre de potiers et céramistes dans la région, qui se sont rassemblés en association pour promouvoir leur art et leurs produits. L’industrie n’est pas en reste. La briquèterie Dewulf, basée à Allonne, travaille l’argile selon des méthodes traditionnelles, conférant à ses briques et ses carrelages des teintes et des nuances de couleurs qui fleurent bon l’authenticité. Labellisée « Entreprise du patrimoine vivant » depuis 2012, la briquèterie peut se visiter.

Je pourrais te parler encore longtemps des autres coins et recoins que j’aime, de ce qui fait qu’une ville reconstruite après la 2e Guerre mondiale peut quand même réussir à séduire les fanas de patrimoine, de ses nombreuses manifestations culturelles qui l’animent un tant soit peu, mais mon article ferait le double et j’ai peur de te lasser. Le mieux, c’est que tu viennes voir par toi-même et découvrir les secrets de cette ville d’art et d’histoire classée dans le top 10 des pires villes de France par Topito.

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Infos visites

L’office de tourisme du Beauvaisis organise régulièrement des visites guidées, et notamment des visites thématiques. Tu trouveras toutes les infos sur le site internet de l’OT.

Pour les sites mentionnés dans ce billet, je préfère t’indiquer les sites web car les conditions de visite (horaires, tarifs) peuvent changer.

Pour en savoir plus sur le patrimoine beauvaisien, tu trouveras des infos bien détaillées sur ce site.

Et si tu veux t’acheter une brosse à dents made in Beauvais, c’est par ici : Bioseptyl

La bonne adresse : les Vents d’anges

Au pied de l’église Saint-Etienne, ce « bistronomique » est rapidement devenu une adresse incontournable de la gastronomie beauvaisienne. A la carte (courte, c’est souvent un gage de qualité), tu y trouveras des plats maison élaborés à partir de produits frais et locaux. C’est encore plus sympa l’été, quand les tables s’installent au bord du square qui jouxte l’église Saint-Etienne.

Formules à 22 € ou 26 € le midi, plus cher le soir (de 35 € à 50 €). Ne pas hésiter à réserver, le resto n’est pas très grand et il est vite complet !

Site internet

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Beauvais, ville mal aimée_Pinterest_BD

20 commentaires sur “Elle pue, elle n’est pas vraiment jolie, mais je l’aime quand même !

  1. Mais c’est que ça a l’air joli ! Je suis hyper déçue que Vierzon ne soit pas dans la liste de Topito. Sans doute parce que c’est tellement mal aimé que plus personne ne se souvient de l’existence de la ville.
    Tes photos donnent très envie de s’arrêter à l’occasion. Merci pour la découverte

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! J’ai fait une sélection des plus beaux coins de la ville. En fait, au début, je trouvais Beauvais vraiment moche mais les (rares) aménagements piétons, les très gros efforts de fleurissement et une prise de recul de ma part me font dire qu’on peut lui trouver du charme, malgré tout !

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  2. Franchement, on a souvent de bonnes surprises quand on se balade dans des villes dont on n’attend pas grand chose… C’est en tout cas ce qu’on a appris depuis qu’on arpente les sous-préfectures au gré de nos roadtrips. Quant à Beauvais, j’ai repéré un festival de photo cet automne et il se pourrait qu’on y passe… On te tiendra eu courant !!

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  3. Je ne connais pas Beauvais, ce n’est pourtant pas très loin de l’Essonne. Elle m’a fait penser à un mix entre Amiens et Saint-Quentin (02). Il reste quelques beaux éléments de patrimoine, je ne pense pas qu’elle soit réellement dans les 10 pires villes de France, d’autant plus que Topito n’est vraiment pas une référence sérieuse de toute façon ! 🙂

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    1. Merci ! J’espère ne pas l’avoir survendue quand même, car l’absence d’un centre véritablement ancien (à l’exception de ses grands monuments) se fait cruellement sentir. C’est ce qui me manque le plus dans cette ville, le charme de l’ancien. Il faut s’éloigner du centre pour en profiter.

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    1. « Partie médiévale » est un bien grand mot ! Il y a 3-4 rues à tout casser avec quelques maisons à colombages, dispersées dans le centre ville. Autrement, il n’y a que les monuments qui sont véritablement anciens dans le centre ville (et encore, la mairie, il ne reste que la façade principale). Je préfère ne pas trop te survendre la ville quand même. Mais il y a de beaux monuments et plein de choses à voir quand on farfouille bien.

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  4. j’avoue: je n’ai jamais visité Beauvais mais j’y ai pris l’avion ^^’ En effet la ville a l’air beaucoup plus agréable que l’aéroport (que l’on déteste juste parce que c’est tellement galère d’y aller ^^’)

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  5. J’aime tellement ton humour ! et tu sais quoi ? tu m’as vachement bien vendu Beauvais, surtout sa cathédrale évidemment (catho de service obsédée d’architecture au rdv). Je viendrai juste pour elle, et on ira boire un verre !

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    1. J’ai appris à l’aimer quand même cette ville sans centre ancien. L’avantage de vivre dans une ville pareille c’est de s’ébahir devant n’importe quel village qui a 2-3 maisons à colombages ! Si un jour tu te décides à visiter Beauvais, fais-moi signe, je te montrerai les traces du passé mouvementé de la cathédrale (enfin non je te laisserai chercher 🤣).

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