#UnJourDesTextes – Train-train pas quotidien

Tout est parti d’un projet d’escapade entre amis. Ce genre d’escapade qu’on propose sur un coup de tête, parce que le temps annoncé est au beau fixe, et que dans nos grises régions du Nord, le beau fixe, ce n’est pas si fréquent.

Je devais avoir dans les 10 ans, environ. Ça devait être en juin. Ou bien en juillet. Peut-être même en septembre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. En tout cas il faisait grand beau, et c’était chouette. Et quand il fait chouette, c’est bien connu, on va sur la côte picarde. Le Tréport ? Mers-les-Bains ? Mers-les-Bains ? Le Tréport ? Par facilité, mais aussi peut-être un peu par fierté régionale, on avait jeté notre dévolu sur Mers. On m’avait dit que la cité balnéaire était magnifique. Qu’une grande plage de galets, un alignement de belles villas balnéaires agrémentés d’une superbe collection de bow-windows colorés, et des falaises toutes blanches en constituaient son décor. Que la mer du Nord pouvait y prendre des teintes surprenantes, alternant sans logique et dans un pur élan créatif le gris-vert-marron à un turquoise saisissant. Quel programme alléchant !

J’attendais ce moment avec grande impatience. Plus que trois jours. Deux. Encore un. On y est ! Ce jour-là, on s’était levé tôt. C’est que le trajet vers Le Tréport – Mers-les-Bains n’est pas des plus rapides ! C’est drôle, parce qu’au moment où je m’engouffre dans cette vieille voiture grise, un grand combat se déroulait en mon for intérieur. Je voulais rester les yeux ouverts, ne rien rater de l’escapade. L’excitation suffirait à me tenir éveillée. Et puis, finalement, le confort des sièges rembourrés et le tacatac tacatac lancinant ont eu raison de moi. J’ai capitulé. J’ai dormi, ou du moins somnolé. La lenteur du trajet et mon quota de sommeil enfin atteint m’auront tout-de-même permis de voir des bribes de paysages défiler, à vitesse d’escargot. Ça ballotte, ça bringueballe, les sièges rembourrés ne sont finalement plus si confortables. C’est long et on a hâte d’arriver !

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Un train plus moderne en gare du Tréport – Mers-les-Bains

Au bout de la ligne, il n’y a plus rien. Enfin si, la mer. Je ne me souviens plus quelle couleur elle avait choisi pour sa parure du jour. Ça ne devait pas être du turquoise, ça m’aurait marquée ! Ce dont je me rappelle, c’est ce drôle d’emplacement pour une gare. Au bout du bout. Après, c’est la jetée du port. Surtout, c’est un peu vide autour. Ils l’ont placée là, toute seule au milieu d’un no man’s land, tel un poste de garde-frontière aux confins des deux Corées. Peut-être qu’ils n’ont pas voulu fâcher les deux communes, alors ils l’ont posée là, à peu près à mi-chemin entre les deux mairies.

Dehors, un parfum de gaufres et de crêpes se dégage des petites baraques de forains qui ont investi le front de mer. C’est doux et sucré comme un beau jour d’été. Et puis les premières villas apparaissent. Un délicieux mélange de briques rouges, de colombages, de tourelles et de toits pointus. Portes, fenêtres et rambardes des balcons se déclinent sur toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sur les galets, les cabines de plage au look rétro s’animent. Ça prend l’apéro en maillot de bain sur la plage. L’ambiance est conviviale. Des effluves de barbecue annoncent une belle journée.

On ne se baignera pas à Mers-les-Bains. L’eau y est froide. Ma mer à moi, c’est la Méditerranée. Le rivage corse, le gros sable blond et l’odeur des chouchous vendus par le vendeur ambulant. Même pas la peine en-dessous de 24 degrés ! Allez, je veux bien faire un effort et descendre à 23, mais pas plus bas. Et c’est non négociable. J’admire les gens du Nord et leur capacité à plonger gaiement dans cette eau qui fait figure d’océan Arctique pour moi !

Voilà. C’est l’heure. Notre train du retour nous attend. On remonte à nouveau le fil des villas fin XIXe avec l’amère impression qu’on n’a pas assez profité. Déjà le no man’s land. La gare est là, devant nous. S’ensuit l’interminable trajet retour par ce formidable tortillard.

Bref, ce jour-là, j’ai pris le train pour la première fois.
Je suis sûre que tu meurs d’envie de découvrir Mers-les-Bains. Viens par ici, j’ai déjà rédigé un article sur la plus belle des stations balnéaires picardes.

 

Cet article fait partie de la série #UnJourDesTextes imaginée par @FromYukon. L’idée ? Ecrire, simplement. Partir d’une image, d’un mot, d’un thème, ou que sais-je encore. S’évader par le texte. Laisser divaguer son esprit.

6 commentaires sur “#UnJourDesTextes – Train-train pas quotidien

  1. Bravo ! C’est réussi ! Je suis parti à Mers les bains.J’ai revu la gare au milieu de nulle part entre les deux villes. J’ai revu les villas que j’aime tant. Je dois même avoir des photos quelque part ….Je suis partie un peu en vacances et me voilà boostée. J’ai oublié les microbes, les hôpitaux surpeuplés et mon confinement. Bravo 😘

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  2. Ah, cette envie d’évasion qui nous démange… à la fin du confinement, je voudrais revoir la mer 🙂
    Merci pour ce beau texte qui respire les embruns et où on entend le roulis du TGV vers l’aventure ! j’aime les départs !

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