Luberon – La ruée vers l’ocre

En Luberon, l’exploitation de l’ocre a façonné des paysages extraordinaires. Suivre la piste des anciennes carrières d’ocre, c’est se plonger dans un monde coloré et découvrir ce qui a fait la richesse de ce territoire.

Il règne comme un petit air de Far West dans ce coin de Vaucluse. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le plus important gisement d’ocre de Provence a été surnommé « Colorado provençal ». Permettez-moi cependant de douter quelque peu de la comparaison, parce qu’on ne va pas se mentir, les ocres de Rustrel ne m’ont pas vraiment évoqué les canyons du fleuve Colorado. Mais bon, je peux comprendre. « Colorado provençal », ça claque plus que « Ubacs de Rustrel », comme disaient les anciens.

Nous voilà donc délestées de 8 € (le plein tarif pour une voiture) pour avoir le droit de trainer nos carcasses de quadra au milieu de ce décor féérique. Pour le prix, autant opter pour le plus long des deux sentiers proposés, celui des Belvédères, puisque de toute façon, il inclut intégralement l’autre circuit.

On est vite mises dans le bain. A peine arrivées sur site, nous nous retrouvons entourées de falaises et autres cheminées de fée d’un jaune pétant, tournant parfois à l’orange vif, puis au blanc immaculé ou au rouge ferrugineux selon l’inspiration excentrique de la nature. L’appareil photo tourne à plein régime, surtout pour capturer le contraste entre ces argiles aux tons chauds et le vert profond de la forêt de pins qui entoure le site.

Nous lâchons le balisage bleu du circuit Sahara pour suivre les traits orange des belvédères. Le sentier s’élève, nous offrant des vues plus aériennes mais aussi plus lointaines sur ce feu d’artifice géologique. Où l’on découvre que l’ocre est riche de mille nuances et que, aussi surprenant que cela puisse paraître, il est la résultante de l’oxydation d’une roche à l’origine verte, la glauconie. L’ultime panorama sur ces cheminées de fée orange et le village de Rustrel au loin est un régal. Bref, notre entrée en matière à la découverte des ocres de Provence nous aura séduites, d’autant que l’aspect relativement sauvage et la gestion rigoureuse du site contraignant les visiteurs à choisir leur horaire de visite préviennent d’une surfréquentation néfaste.

Poursuivant notre quête de couleur, nous voilà rendues sur LA star des spots ocriers du Luberon, le sentier des ocres de Roussillon. Ici c’est le lieu de tous les superlatifs. Plus fréquenté, plus aménagé, peut-être plus spectaculaire aussi. Quoique. Nous retrouvons les mêmes décors de roches dorées qu’à Rustrel, la même pinède salutaire qui nous offre une bien belle balade à l’ombre. Un relief peut-être plus prononcé, du moins le sentier nous fait passer au plus près des formations géologiques les plus spectaculaires. Mais un monde fou, bien plus qu’à Rustrel. Il n’empêche, la magie des roches orange vif agit encore.

Du producteur au consommateur, il n’y a qu’un pas. Combien de kilos d’ocre ont fini… sur les murs des maisons de Roussillon ! Le village entier affiche ses variétés de rose-orangé comme un nuancier géant. Un catalogue de Pantone. 7625 C ? Oui bien sûr, au bout de la rue à droite ! Comparé aux autres villages du Luberon qui nous habituent à la pierre apparente ou aux patines douces, Roussillon fait figure de feu d’artifice. Une explosion de couleurs vives sur la place de la mairie, des calades toutes mignonnes autour du vieux beffroi, une foultitude de détails pleins de charme… Tout ramène ici à la douceur de vivre, dont le summum se résume à la dégustation d’un bon jus frais du bar à jus installé au point le plus haut du village, là où le regard porte loin vers les reliefs environnants.

Le ciel menaçant nous poussera tout droit vers l’ultime étape de notre parcours au pays de l’ocre : Ôkhra. L’écomusée installé dans l’ancienne usine Mathieu à Roussillon t’expliquera tout sur la formation de l’ocre, son exploitation et sa transformation pour l’industrie. Tu seras surpris-e de découvrir tous les usages de l’ocre, y compris dans des domaines qui n’ont pas grand-chose à voir avec la couleur ! Outre l’aspect muséal, Ôkhra se veut un véritable conservatoire du patrimoine vivant et de la couleur, où le visiteur est invité à participer à des petits ateliers aussi ludiques que défoulatoires. Aquarelle, pastel, craie, le monde de la couleur (et de comment on la fabrique) s’ouvre à nous.

Wikipedia – Véronique Pagnier – CC-BY-SA
Wikipedia – manu-mars – CC-BY-SA

Ôkhra ne se contente pas de causer ocre, il est une ode à la couleur.

Après une petite session pastel qui aura convoqué tes meilleures aptitudes artistiques (ou pas), la visite guidée te proposera un fabuleux voyage dans le monde merveilleux de la couleur. Enfin, merveilleux… Pas pour tous ! Les conditions de travail des anciens ouvriers ocriers, entre bruit et poussières qui provoquaient la sinistre silicose, étaient particulièrement difficiles. La visite s’achèvera par une note plus joyeuse, où il sera question de mortier et de pilon (pour fabriquer ses propres pigments) et de feuilles de papier (pour montrer toute l’étendue de notre talent artistique).

On n’aurait pas rêvé meilleure conclusion pour cette immersion au cœur des ocres du Luberon.

Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Mille couleurs de France » qui est à l’honneur, pilote par Renée, du blog Cahier nomade. Retrouve tous les articles des mois de juillet-août de la team #EnFranceAussi sur cette carte :

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5 commentaires sur “Luberon – La ruée vers l’ocre

    1. Une magnifique région oui. Rustrel est quand même plus calme. Je n’ai pas testé les autres sites (j’y suis passée rapidement une fois dans le cadre d’un déplacement pro), qui sont moins connus.

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