En Chartreuse, l’antique Voie sarde se faufile dans un défilé spectaculaire forgé il y a plusieurs millions d’années. Cerise sur le gâteau, le site abrite également deux grottes et débouche sur un panorama exceptionnel sur la vallée du Guiers. Si la route a été abandonnée au profit d’un tunnel plus carrossable, la voie sarde demeure une curiosité facile d’accès en Savoie.
A la base, on n’était pas venues pour ça. Nous, on voulait du frais, de la pénombre, de la dentelle de pierre, de la gouttelette d’eau glacée qui se glisse entre ton œil et le verre de tes lunettes au moment où tu ne t’y attends pas. Une petite balade souterraine tranquille, après avoir goûté la veille à nos premiers frissons de spéléologues en herbe. Ça tombe bien, des cavités, il y en a à la pelle en Chartreuse !

Aucune difficulté pour accéder à celle dont je vais te parler (hormis le fait qu’on avait raté l’entrée du parking), la grotte de Saint-Christophe. Enfin… LES grottes de Saint-Christophe. Parce qu’il y en a au moins deux prévues dans la visite guidée.
Ce qu’on n’avait pas vu venir en revanche, c’était le drôle de site naturel où se lovent ces deux cavités stars du massif. Pour accéder à la grotte supérieure, notre groupe s’engouffre entre deux parois verticales discrètement cachées derrière les arbres.
Le chemin est encore assez large, on ne se rend compte de rien. Premier arrêt, la grotte supérieure. Il faut enfiler le pull. Comme d’hab, il y a toujours une poignée de visiteurs qui se font avoir, sous-estimant le choc de température ou surestimant leur capacité à endurer ce froid humide qui pénètre le plus profond de ton corps. Curieusement, je n’ai pas grand souvenir de ce premier aller-retour dans les entrailles de la Terre, en dehors du fait qu’à un moment, on passe dans un couloir aussi haut de plafond qu’il est étroit.


Nous retrouvons notre chemin forestier. Des parois de plus en plus hautes, un passage de moins en moins large. Clairement, nous sommes dans un défilé. Un petit parapet nous sépare d’un grand fossé qui doit certainement accueillir de l’eau quand il pleut beaucoup. Une petite dizaine de minutes plus tard, nous voilà devant l’entrée de la grotte inférieure.


Ici, une passerelle pas bien large à flanc de rocher nous attend. C’est spectaculaire, et on aperçoit même au passage les installations pour cellezéceux qui s’aventurent en acrospéléologie – un mélange d’acrobranche et de spéléologie. Cette fois, la grotte traverse littéralement un bout de montagne.


Au bout du « tunnel », il y a le précipice. Et un petit escalier à vis avec vue imprenable sur la vallée du Guiers. Au pied dudit escalier, le monument Charles-Emmanuel II rend hommage à celui qui fit construire une rampe en pierre de taille pour faciliter le passage. C’est là, devant cette immense stèle de pierre blanche collée à la paroi depuis 1674, que notre guide nous éclaire sur le drôle de chemin que nous avons emprunté.


Ce défilé naturel qui s’est formé à la Préhistoire par l’action de l’érosion fut en fait un important axe de communication par le passé. Les Romains en avaient fait une voie entre Lugdunum et Augusta Taurinorum (Lyon et Turin mais je suis sûre que tu avais compris). Bien plus tard, au XVIIe siècle, cette route fut réaménagée en route royale pour permettre le passage de diligences sous l’impulsion des Ducs de Savoie. C’est à ce moment-là qu’elle prit le nom qu’on lui connait aujourd’hui, la Voie sarde, en référence aux ducs de Savoie, qui étaient également souverains du Royaume de Sardaigne. Avant de tomber dans l’oubli suite au percement du Tunnel des Échelles sur ordre de Napoléon Ier en 1820, la Voie sarde étant jugée trop difficile d’accès.


Notre parcours s’est arrêté là, devant ce monument Charles-Emmanuel II. La Voie sarde se poursuit ensuite en pente douce à flanc de falaise jusqu’à la vallée du Guiers. Nous, nous avons rebroussé chemin pour retrouver le parking des grottes.
Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Chemins de fer, chemins de terre » qui est à l’honneur, piloté par Sophie, du blog Les carnets de route de Sophie. Retrouve tous les articles du mois de février de la team #EnFranceAussi sur cette carte :
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Belle curiosité ! Je regrette de ne pas en avoir connu l’existence quand j’habitais à Grenoble…
Pas sûre que ce soit très connu. L’accès est plutôt discret, à la sortie d’un tunnel d’un côté et via un chemin à flanc de falaise de l’autre. On peut facilement passer à côté. On n’avait pas du tout vu ce site avant de visiter les grottes.
ce site est vraiment impressionnant, merci pour la balade!
On ne s’y attendait pas, c’était une belle surprise.