Decazeville, mine déconfite

Des mines de charbon de Decazeville, il ne reste plus aujourd’hui qu’un trou béant caché sous la végétation, un vieux chevalement et un musée. De petite ville prospère, la cité industrielle du Nord-Aveyron n’est plus que l’ombre d’elle-même, affichant ses façades défraichies et ses vitrines abandonnées depuis des lustres. Pourtant, un renouveau semble s’opérer. Un renouveau qui s’affiche en grand sur les murs décorés de fresques street art. Portrait d’un bourg déclassé mais dont le passé charbonnier mérite une visite.

« Circulez y a rien à voir ! » Decazeville a tout l’air d’être la petite ville où personne ne s’arrête. En tout cas pas les touristes. D’ailleurs, la gentille dame de l’Office de tourisme (oui, il y a quand même un office de tourisme à Decazeville) a eu un sursaut de surprise quand on lui a répondu qu’on allait rester deux semaines sur place. J’aime bien ce genre de réaction. Ça veut dire qu’on a tapé juste. On sera peinardes, loin, très loin de ce foutu surtourisme qui déglingue tout.

Decazeville, j’y étais passée il y a plus de 20 ans. Je me souviens avoir traversé à l’époque une ville morne, presque morte. D’aucuns diront « déprimante ». Entièrement tournée vers l’industrie, la petite cité nord-aveyronnaise a subi de plein fouet la crise et les fermetures. La mine, d’abord. Puis, comme souvent, les industries ont suivi. Un coin de France de plus victime de la mondialisation effrénée.

Rien n’avait changé. À vrai dire, je m’en doutais un peu. 

Le bon filon du street art

Je ne sais pas si la dame de l’Office de tourisme avait un sixième sens, toujours est-il qu’elle a tout de suite dégainé son argument choc. « Il y a un parcours street art ». Il n’en fallait pas plus pour nous mettre des étoiles dans les yeux. Le lendemain matin, nous étions déjà parties en exploration urbaine, à la recherche de la trentaine d’œuvres « exposées ».

Les fresques, souvent gigantesques, sont parfois signées par des street artistes de renom. Mais pour moi, c’était surtout un prétexte pour découvrir la ville, ressentir davantage le poids de son passé, comprendre son présent, imaginer son futur.

Tout dans ce parcours rappelle l’histoire industrielle de Decazeville : les maisons ouvrières, la mine et son musée, les rues où le temps semble figé, alignant une suite de boutiques depuis longtemps abandonnées. Il y a parfois un côté un peu flippant à Decazeville. 

Comme attendu, le parcours street art nous balade dans toute la ville, ce qui ne manquera pas de nous donner quelques idées de sortie pour les jours à venir (et une bonne suée pour rentrer au gîte).

Mine de rien, ici tout ramène à la mine

Decazeville. Littéralement la ville de Monsieur Decazes, le fondateur de la Société des houillères et fonderies de l’Aveyron. Aujourd’hui encore, sa statue trône fièrement devant le joli Hôtel de ville, sur la place qui porte son nom.

Ça te pose le décor.

La mine. Autrement dit à Decazeville, le centre du monde. Le patrimoine minier est resté très vivace dans le bourg et ses environs. Il faut dire que la dernière mine n’a cessé son exploitation qu’en 2001. Le site de la Découverte, que nous avons découvert en premier, te donne la mesure de ce que fut l’exploitation du charbon à Decazeville. Une extraction à la fois souterraine (le dernier chevalement encore debout en témoigne), fermée en 1966, et donc la mine à ciel ouvert. Un trou béant qui jadis avala un hameau paysan qui avait la mauvaise idée de se trouver sur le filon de charbon. On peine à imaginer le paysage d’alors, ce trou noir rempli d’hommes, de chevaux et des machines, un fourmillement de gueules noires cassées par la dureté du métier. Combien de coups de grisou, de grèves sévèrement réprimées, de révoltes écrasées !

Aujourd’hui, cette pyramide à degrés inversée est devenu lieu de promenade, bucolique, avec son lac, ses fleurs et ses arbustes. Tout en haut de la colline qui surplombe le cratère, tu trouveras même un petit banc avec la jolie vue qui embrasse toute la cité. Difficile d’imaginer qu’il y a 25 ans, ici, tout était différent !

On a poursuivi l’exploration du passé minier en allant jeter un œil au musée de la mine, géré par l’Association de sauvegarde du patrimoine industriel du bassin de Decazeville-Aubin. Une visite quasi privée tant il n’y a pas foule de visiteurs à Decazeville !

Le bénévole de garde nous promène dans un bric-à-brac de photos d’archives, de matériel minier et autres objets utilisés par les mineurs en nous distillant avec passion moultes explications et anecdotes. Un musée qui ne paie pas de mine dans son entrepôt défraîchi, mais qui s’est avéré passionnant grâce à l’enthousiasme de notre accompagnateur. Une ouverture est également faite sur l’industrie liée aux activités minières, et au futur.

Je ne peux que te conseiller de poursuivre la découverte de l’histoire du bassin houiller decazevillois par la visite du musée  de la mine Lucien Mazars, situé dans le village voisin d’Aubin. Là encore un petit musée associatif mais drôlement bien foutu, qui a le mérite de mettre un peu d’animation dans ce village dortoir. Tu y trouveras des explications claires sur l’histoire de l’extraction du charbon dans la région, les techniques et le matériel utilisé, avec un petit clin d’œil sur la vie quotidienne des mineurs du coin. Une reconstitution d’une galerie à même été installée. 

En sortant, n’oublie pas d’aller faire un saut à l’église Notre-Dame des Mines, au hameau des Combes. L’édifice, bâti dans les années 1940, porte de nombreuses références à l’activité minière, dans ses fresques murales comme dans sa scène de la Nativité.

Tiens, à propos d’église, tu pourras aussi passer voir celle de Decazeville. Elle abrite un chemin de croix composé de 14 toiles de Gustave Moreau ! De toute façon, c’est un passage obligé si tu parcours le chemin de Saint-Jacques par la via Podiensis (en gros si tu viens du Puy-en-Velay).

Le prestigieux « sentier » passait pas loin du gîte, ce qui nous a donné l’opportunité d’en parcourir un tout petit bout. Je dis « sentier » parce qu’ici, le GR65 passe surtout par les routes et rues asphaltées, et ce n’est pas comme ça que je m’imaginais le chemin de Saint-Jacques.

Un gisement de balades dans les environs

Au-delà d’apporter un éclairage sur le passé minier d’une région, Decazeville constitue également un excellent camp de base pour explorer les merveilles de l’Aveyron et du Lot voisin. 

Je te cite pêle-mêle quelques idées que je ne développerai pas ici, en tout cas pas maintenant, tu as déjà bien assez à lire !

En rayonnant autour de Decazeville, tu peux découvrir Rodez et son musée Soulages, Figeac et son musée Champollion, et une palanquée de villages classés. Conques, Belcastel, Capdenac, Cardaillac… la région truste une belle densité de bleds tous plus somptueux les uns que les autres. On a marché le long du Lot, vogué dessus, on s’est rafraîchi dans la grotte de Foissac, on a surplombé le Trou de Bozouls à tyrolienne… Bref, tu vois, il y a plein de belles choses à découvrir autour de Decazeville !

Cet article s’inscrit avec un peu de retard dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Les oubliés du patrimoine » qui est à l’honneur, piloté par Sabrina, du blog Tu Paris combien ?. Retrouve tous les articles du mois de février de la team #EnFranceAussi sur cette carte :

Tu as aimé cet article ? N’hésite pas à l’épingler sur Pinterest !

26 commentaires sur “Decazeville, mine déconfite

  1. Faudrait que j’y revienne. J’y étais allée petite avec mon papa faire des photos de la Grande Découverte alors en exploitation. Les camions m’avaient beaucoup impressionnée.

    1. On est au moins dans le premier quart nord si l’on divise le département sur sa hauteur. On peut préciser nord-ouest si vous préférez mais ça reste globalement dans le nord du département.

  2. Alors que je suis déjà allée dans les alentours (Rodez, Conques, Figeac…), je n’ai jamais eu la curiosité de m’arrêter à Decazeville. C’est certainement une erreur, car ton article me donne envie de découvrir la ville, son passé minier et son parcours street art. Merci.

    1. Je ne pensais pas que le parcours street art de Decazeville pouvait être connu en dehors de la région. Comme quoi, le street art permet de créer une petite notoriété 😃

  3. Il y a 3 ans j’avais fait le parcours street art de Decazeville et il était vraiment super. Je l’ai refait il y a 6 mois et lá, quelle déception : un grand nombre de fresques partent en lambeaux ou ont carręment disparues, victimes de la métęo et d’un manque d’entretien. Un seul conseil : passez otte chemin !!!

  4. Quel magnifique article sur lequel je tombe parfaitement par hasard sans vous connaître. Je vais m’intéresser à votre travail suite à ça. J’habite dans la région depuis environ 15 ans et vis autour de Decazeville. Cette ville jouit d’une injuste mauvaise réputation pour les gens autour car sa population est atypique. Les mentalité des gens du bassin font penser à ce que l’on peut retrouver dans le Nord de la France avec cette solidarité et cette ouverture d’esprit qui dispense les gens qui osent s’aventurer ici de jugement de la part des locaux. Ici les gens ont appris à vivre de peu et le partager comme ils le peuvent. Merci d’avoir mis en avant ces points positifs souvent ignorés et permis à d’autres de venir en profiter sans avoir été victime du délit de faciès que renvoie cette ville… Quand on prend le temps de gratter comme l’on fait ces mineurs ayant laissé comme souvenir leur descendance, on y trouve des trésors.

    1. Merci pour votre adorable commentaire ! J’ai passé deux merveilleuses semaines à Decazeville. En tout cas l’enthousiasme de l’employée de l’Office de tourisme quand on lui a annoncé qu’on restait deux semaines était sincère.

  5. Quel bel article sur Decazeville !!! Quand on y a vécu, on ne peut l’oublier… Quand on l’a connu comme je l’ai connu on est nostalgique !!!
    Merci à vous pour ce bel hommage !

  6. Quel article Delphine !
    Tu as le chic pour redonner toute sa valeur et sa beauté à des lieux, monuments ou villes méconnus ou simplement boudés par la plupart d’entre nous. Merci !

    Et puis le patrimoine minier est immortel.

  7. Merci pour la découverte, je ne connais pas du tout l’Aveyron et encore moins Decazeville. C’est marrant de savoir que même la personne de l’OT a été surprise de la durée de ton séjour 😅 Vous avez du être bien au calme !

    1. On n’est clairement pas dans le coin le plus touristique de l’Aveyron. On a passé un super séjour, dans une belle location, au calme. On a quand même trouvé le monde à Conques 😁.

Répondre à Viviane MolieresAnnuler la réponse.