Ça m’est venu comme ça, un soir de septembre. « Tiens, et si j’allais voir les flamants roses en Camargue ? » Le genre d’idée fugace qui se transforme en motif de voyage, à la manière de Nans et Mouts dans « Nus et culottés ».
Décision fut vite prise de profiter du pont du 11 novembre pour concrétiser cette nouvelle obsession. Il paraît qu’à cette période, les flamants y sont plus rose que d’accoutumée. Après 2-3 recherches, j’ai jeté mon dévolu sur le Pont de Gau, une réserve naturelle où il est très facile d’observer les flamants rose, qui y trouvent un refuge sûr dans cette zone où le braconnage sévit encore.

Peu à peu, l’idée initiale s’enrichit. « Et si j’en profitais pour refaire la sublime traversée des gorges de l’Allier en train ? Avec les couleurs automnales, le trajet doit être tellement beau ! Oh et puis tiens, vu que la ligne arrive à Nîmes, je pourrai en profiter pour visiter la ville. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas pousser jusqu’à Aigues-Mortes, c’est pas si loin… »
Quitte à traverser la France, autant rentabiliser le trajet, qui prend de plus en plus des airs de road trip. Laisse-moi te conter cette nouvelle aventure solo au pays des chevaux et des flamants rose.

Jour 1 – Splendeurs et défaillance
Prendre les chemins de traverse pour se rincer l’œil des splendides couleurs de l’automne ; tel était mon projet initial. J’avais préféré la tortue « Cévenol » au lièvre TGV pour profiter des vues panoramiques sur les gorges de l’Allier, que j’avais découvertes quelques années auparavant à l’occasion d’un railtrip estival. Une looooongue journée de train m’attendait ; un voyage en 3 étapes : d’abord le TER qui devait m’amener de mes contrées picardes vers la capitale, puis un trajet un poil ennuyeux vers Clermont-Ferrand, tout ça pour finir en apothéose et à faible vitesse à travers les spectaculaires Haute-Loire et Lozère.
Malheureusement, ma longue transhumance vers Nîmes et le sud ne s’est pas vraiment passée comme prévu. La faute à la SNCF, qui a supprimé mon train de 12h43 en gare de Clermont-Ferrand. Quatre heures à tuer dans la capitale auvergnate et un espoir de voir les gorges de l’Allier dans leur livrée d’automne anéanti en un clin d’œil. Je snobe le panier-repas offert par la SNCF pour m’offrir le déjeuner au pub bistronomique le Victoire, sur la place éponyme, en guise de dédommagement de ma déception.

Ultime clin d’œil à cette journée galère, mon Cévenol partira lui-même avec 45 minutes de retard, lequel s’agrandira au fil des haltes pour laisser passer les trains en sens inverse. Quand ça veut pas… Je vois défiler les gorges de l’Allier dans le noir le plus total, ravalant mon amertume au rythme des tadam tadam du train sur les rails. Dans mon malheur, j’aurais quand même réussi à contacter mon hôtelier nîmois pour le prévenir de mon arrivée tardive. Un exploit quand on connaît la couverture mobile sur cette ligne ! C’est donc un peu avant 23 heures que j’ouvre enfin la porte de ma chambre d’hôtel, sans rien dans le ventre mais accueillie avec chaleur par mon hôte, qui aura la délicatesse de m’offrir un petit sandwich maison pour m’éviter la fringale nocturne.
Jour 2 – Croco et Magne à Nîmes
Le sourire revient devant la généreuse assiette d’œufs brouillés du petit déjeuner. Il fallait bien cela pour compenser la déception de la veille et prendre le plein d’énergie pour la journée d’exploration citadine qui s’annonce.
Forcément, la visite de la capitale gardoise va prendre une coloration largement antiquisante. Il faut dire que côté monuments romains, la ville est plutôt gâtée ! Très bien même ! Je commence par le plus célèbre d’entre eux, les arènes, parce que mon hôtel est juste à côté et qu’il faut bien débuter par quelque chose. Une grande ogive de pierres qui trône au milieu d’une belle esplanade. La visite libre permet d’arpenter ses coursives comme sa piste de sable, en passant par le haut des gradins, d’où l’on bénéficie de quelques vues sympa sur la ville. Difficile néanmoins de faire abstraction qu’aujourd’hui, on y organise des spectacles de mort.


La suite se déroule sur une place au milieu de laquelle trône la sublimissime Maison Carrée, le temple antique le mieux conservé au monde. Son état impeccable me donne le vertige et une certaine idée de la magnificence de ce qu’a pu être la Nemausus antique. Je crois bien que si j’avais une machine à remonter le temps, je choisirais de voyager à l’époque romaine, juste pour admirer l’architecture grandiose et, j’avoue aussi, croiser des gens en toge et sandales.


Autrement, j’ai plutôt bâclé mon tour de centre ville matinal, ne trouvant rien de très particulier à me mettre sous la dent. La douceur et le timide soleil de novembre ont rempli les terrasses, et mon instinct m’a amené vers cette petite adresse où l’on peut manger des trucs simples. Je ne savais pas que j’avais jeté mon dévolu sur une institution nîmoise ! Me voilà donc attablée sur la terrasse de la pâtisserie Courtois, plus de 170 ans d’histoire et un dessert signature à tomber, le nalusko. Un moment hors du temps rythmé par le glouglou de la fontaine du crocodile, dont il faut absolument toucher le bout du nez si tu veux trouver le bonheur. Le croco est devenu l’animal totem de la ville, présent sur son emblème, sur les maillots de son club de foot, sur les clous qui parsèment la ville pour matérialiser les circuits touristiques. Lui aussi a une origine antique : le crocodile attaché au palmier, représenté sur la monnaie nîmoise, célèbre la soumission de l’Égypte par l’Empire romain.

Il est temps de repartir pour explorer les autres splendeurs du passé. En ligne de mire, la tour Magne, qui domine la ville. Tu connais mon amour pour les hauteurs…
En passant, je tombe en pâmoison devant ce canal bordé de platanes au feuillage doré. J’ai presque envie de rester là, à regarder les feuilles mortes voguer à faible allure. Mais ça, c’était avant de découvrir le Jardin de la Fontaine. A peine le portail d’entrée franchi, je me prends une grosse mandale dans la tronche. Mais quelle beauté ! Tous les ingrédients d’un jardin de charme sont réunis : un bassin, des statues antiquisantes, des arbres aux feuillages multicolores en ce mois de novembre, des allées qui se perdent sur les hauteurs, des cactus… Il y a même les ruines d’une villa romaine, histoire de rester dans la thématique. J’en prends littéralement plein les yeux. Pour tout te dire, je crois bien que cet immense parc sera mon coup de cœur nîmois.


La montée qui serpente dans une végétation luxuriante est bien agréable. En haut de la colline, la vieille tour Magne monte la garde. Le plus beau vestige de l’enceinte romaine dresse ses 32 mètres au milieu de la jolie pinède du parc, qu’on n’a toujours pas quitté. La montée au sommet de la tour vaut le coup. En un coup d’œil, c’est toute la ville de Nîmes qui se dévoile à nos pieds. Et si l’on tourne la tête vers l’est, on peut même apercevoir la silhouette échevelée du Ventoux, que les brumes de chaleur doivent certainement masquer pendant les mois les plus chauds.


Déjà la lumière déclinante me rattrape. Il est temps de retrouver le centre ville, sa Maison carrée, ses arènes et ses restos. J’arrive trop tard pour espérer entrer dans le Musée de la Romanité, alors j’en fais le tour pour admirer à la fois son architecture contemporaine et son jardin archéologique. Le contraste entre les vieilles pierres des arènes et les douces ondulations métalliques du musée est particulièrement photogénique quand vient la golden hour.
La nuit est tombée sur Nîmes. Une dernière balade dans les rues éclairées, les papilles titillées par un vendeur de marrons grillés devant la tour de l’Horloge. Un dernier arrêt resto Chez Hubert pour déguster la célèbre brandade, et il est temps de regagner l’hôtel.


Jour 3 – Se faire le mur à Aigues-Mortes
Traverser la belle esplanade Charles-de-Gaulle, la gare de Nîmes et rejoindre la gare routière. Mon car(rosse) Lio m’attend, ligne 132. Une heure et quelques minutes plus tard, me voilà face à la Porte de la Gardette.
Le temps incertain ne m’empêchera pas de suivre le programme du parfait touriste à Aigues-Mortes, le tour des Remparts. J’étais partie pleine d’ambitions, prête à aller à la découverte du village et me balader vers les salines. J’avais largement sous-estimé la longueur des remparts ! Les murailles constituent un beau poste d’observation sur la cité fortifiée et les étangs rosâtres, sur les gros tas de sel et les clochers.


Je ne me souviens pas avoir mangé à Aigues-Mortes, peut-être trop occupée à finir ma balade dans les temps avant de reprendre un car pour Nîmes. Mon timing serré m’a quand même laissé le temps de faire un petit tour hors de la cité close, côté étang. Au loin, les premiers flamants piquent un petit roupillon. Sur le sentier qui borde un petit bras d’eau, je croise quelques canards, des foulques, un ragondin et deux chevaux crin blanc. La Camargue est bien là.


Je peine à trouver mon arrêt de car, la faute à des travaux et à des infos hasardeuses. Bref, le coup de stress ne s’évanouira qu’à l’arrivée du car 132 qui me ramène à Nîmes. Ça enchaîne avec un train pour Arles, puis l’attente dans une gare routière déserte. La ligne A50 vers les Saintes-Maries-de-la-Mer est une aventure à elle toute seule ! Le car s’est rempli de lycéens qui rentrent chez eux, dans ce no man’s land arlésien qui semble interminable. Des arrêts au milieu de nulle part, qui desservent une poignée de maisons que l’on n’aperçoit même pas depuis la route. J’arrive aux Saintes-Maries dans la nuit noire et trouve ma chambre d’hôtes sans grande difficulté.


Jour 4 – Des flamants à goGau !
Le soleil est revenu pour cette journée que j’attendais depuis longtemps ! Le petit dej pris – à l’ancienne, dans la salle à manger de mon hôte, avec CNews en fond sonore – me voilà partie explorer les Saintes-Maries-de-la-Mer. Forcément, mon premier réflexe a été de rejoindre la Méditerranée. C’est dingue comme revoir la mer sous un franc soleil fait un bien fou au moral !
Comme souvent, je me déplace au gré de l’inspiration. Cette fois, j’ai longé le rivage, passé les arènes où se jouent les célèbres courses camarguaises, passé le long du petit port pour retrouver un sentier qui jouxte l’étang des Launes. Un hâvre de tranquillité avec vue sur le joli clocher de l’église, et une poignée de flamants rose qui préfigure mon après-midi de rêve.

Retour au village, où je dois avouer que l’expérience ne m’a pas été des plus agréables. Je suis apparemment loin d’être la seule à m’être fait soutirer de l’argent aux abords de l’église, ce qui m’a poussée à fuir la zone sans avoir pu visiter l’intérieur. Un conseil donc si tu te balades autour de l’église, ignore totalement les groupes de femmes qui t’abordent avec leurs images de la Vierge. Mieux vaut passer pour un mufle que de se faire escroquer.
Pas le temps de me remettre, j’ai un car à prendre, direction les flamants rose ! Je croise en chemin des gens costumés, à cheval. Sans le savoir, j’avais choisi la période de l’abrivado, l’une des traditions les plus vivaces des Saintes-Maries, pour aller voir les flamants. Si j’avais su, j’aurais prolongé mon séjour d’une journée. Bref, paye ta non préparation !


J’achète un sandwich au passage et hop, embarquement pour le Parc ornithologique du Pont-de-Gau. Je ne suis pas seule à être venue voir les stars de Camargue ! Et pour cause, le site est un must si tu veux voir de très près les flamants. Pour la modique somme de 8 euros, tu peux rester toute la journée, pique-niquer, marcher à quelques mètres seulement des illustres volatiles, observer, et opter pour un sentier moins fréquenté, dans la partie plus sauvage du parc. Je trouve une table libre pour avaler mon sandwich avant de partir en safari photo dans le parc.
Je m’attendais à voir des flamants. Beaucoup de flamants. Mais jamais je n’avais imaginé en voir autant ! Ils sont des milliers à se regrouper ici, sur ces étangs dont les abords ont été aménagés pour faciliter l’observation par le grand public. Curieusement, tu auras plus de chance de les voir dans la partie aménagée que dans la partie sauvage.




On ne m’avait pas menti. En novembre, les plumages sont bien rose. C’est encore l’heure de la sieste pour la plupart des flamants, tête cachée dans les plumes et patte relevée. Quelques-uns piétinent dans la vase dans une danse frénétique de la crevette, une recherche de pitance chorégraphiée.
Après avoir fait le tour du sentier aménagé, il me reste encore un peu de temps alors je franchis le pont qui me fait passer côté sauvage. Les flamants sont beaucoup moins nombreux mais on croise d’autres espèces. La lumière déclinante offre de jolis reflets. Ici, le ressourcement est total. A mesure que le soleil descend, le flamant se réveille. La meilleure période pour l’observer c’est clairement en fin de journée. D’ailleurs, de longues et fines silhouettes commencent à apparaître dans le ciel. L’élégance de cet oiseau en vol est fascinante. Quelques petits groupes de flamants rose investissent peu à peu le grand étang autour duquel je me suis réfugiée, loin des foules. J’aimerais encore rester des heures ici, à admirer la beauté de la nature, à regarder les flamants voler, fouiller méthodiquement la vase, marcher d’un pas chaloupé les pattes dans l’eau. Malheureusement toutes les bonnes choses ont une fin, surtout que le car pour Arles ne m’attendra pas. Forcée de rebrousser chemin, sans pouvoir faire le tour complet du grand étang.




Je passe ma dernière soirée à Arles, dans un hôtel près des arènes. Demain, il faudra prendre le train pour rentrer dans mes pénates picardes.
Cet article s’inscrit avec un peu de retard dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème «Road trip » qui est à l’honneur, piloté par Claire, du blog Deux tortillas et la Fleur de lys. Retrouve tous les articles du mois d’avril de la team #EnFranceAussi sur cette carte :
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quel beau périple! Merci pour les précisions « sans voiture », cela m’ouvre des perspectives! Je ne connais que Nîmes, cela donne bien envie de découvrir le reste!
Oh oui c’était bien chouette ! Le Pont-de-Gau est un site magnifique. C’est vraiment super qu’il soit facilement accessible en car (l’arrêt est devant l’entrée du parc ornithologique).
Je pensais qu’il était impossible de se rendre au Pont-du-Gau sans voiture! Tu viens de me convaincre de retourner en Carmargue en apprenant l’existence de ce bus.
Il est vraiment pratique ce bus ! C’est vrai qu’en n’ayant pas de voiture, je cherche toutes les possibilités de transport en commun avant de partir quand je voyage solo. Parfois on n’imagine pas toutes les solutions qui existent.
Quel beau périple ! Je suis aussi étonnée qu’il y ait moins de flamants roses dans la partie sauvage ! 🙂
Oui, c’est curieux hein ? Après, à vue d’œil, l’étang plus sauvage avait l’air plus profond donc peut-être qu’on y trouve beaucoup moins de nourriture pour eux ?