Soulages, une vie en noir

Couleur or not couleur ? That is the question. Si l’on suit les scientifiques, le noir n’est pas une couleur, puisqu’il ne renvoie pas de lumière. Pourtant, un artiste a su révéler au monde toute la lumière qui pouvait se dégager d’une simple toile noire. Cet artiste, c’est le peintre ruthénois Pierre Soulages. Cap sur Rodez et le fabuleux musée qui lui est consacré.

« Extraordinaire ». C’est en ces termes élogieux que j’ai entendu parler pour la première fois des toiles toutes noires de Pierre Soulages. L’extase parentale devant, je cite, « la lumière qui se dégage étonnamment de ces monochromes », aura suffi pour me convaincre. Alors, quand on a choisi de passer nos vacances en Aveyron, l’étape au musée Pierre Soulages sonnait comme une évidence.

Le bâtiment, couleur rouille pour rappeler à la fois le grès rose de la région et l’œuvre de Soulages, trône sobrement au cœur du jardin du Foirail, à deux pas de l’hyper centre de Rodez. Il abrite aujourd’hui une grande majorité des œuvres du peintre ruthénois, dont sa fabuleuse série d’Outrenoirs, véritable point d’orgue de la collection. Mieux, grâce aux différentes donations de Soulages et de son épouse, le musée aborde toutes les périodes de l’artiste, de ses premières œuvres plus figuratives aux lithographies, en passant par ses essais aux brous de noix, ses cartons préparatoires aux vitraux de Conques et, bien sûr, son travail abstrait autour du noir.

musée Soulages à Rodez

Noir c’est noir… Vraiment ?

Je vais t’avouer une chose. Les lithos et les premières années de Soulages m’ont laissée totalement indifférente. En revanche, j’ai eu un coup de cœur pour tout le reste ! Le reste, c’est la longue quête de Pierre Soulages pour démontrer la force du noir pour sublimer la lumière. Si le contraste clair-obscur se matérialise assez vite dans l’œuvre de Soulages, celui-ci va se révéler plus prégnant encore à partir de 1959. Le peintre ruthénois multiplie les couches de peinture. A cette époque, il applique d’abord la couleur qu’il recouvre ensuite de noir. Puis il gratte la matière par endroits pour révéler la couleur.

Son œuvre évolue, abandonnant progressivement la couleur pour l’ascétisme du noir et blanc, avant de plonger complètement dans le noir. Soulages explore cette couleur comme nul autre pareil. A partir de 1979, ses recherches picturales le mènent à inventer le concept « d’outrenoir », qui révèle toute la lumière qui s’exprime au-delà de la simple couleur noire. La méthode Soulages ? Superposer les couches, une fois de plus. Le noir occupe désormais tout l’espace de la toile. L’artiste travaille la matière devenue épaisse, y creusant des sillons et travaillant sur des textures qui renvoient la lumière. En adoptant définitivement la peinture acrylique en 2004 aux dépens de la peinture à l’huile, le peintre démultiplie les possibilités. La matière est plus malléable, plus brillante aussi ; les toiles, grand format, affichent un relief jamais vu (certaines atteignent près de 2 centimètres d’épaisseur !). Ma mère m’avait dit : « tu verras, l’aspect des toiles changera en te déplaçant devant ». Elle n’avait pas menti.

Par « chance », j’ai visité le musée Soulages quelques mois seulement après la mort de l’artiste. L’expo temporaire lui était donc entièrement consacrée, exposant ses toutes dernières œuvres, des toiles monumentales dont certains Outrenoirs spectaculaires.

Cet article s’inscrit dans le RDV mensuel #EnFranceAussi initié par Sylvie, du blog Le coin des voyageurs. Le principe est simple : te faire (re)découvrir la France à travers un thème donné. Ce mois-ci, c’est le thème « Mille couleurs de France » qui est à l’honneur, pilote par Renée, du blog Cahier nomade. Retrouve tous les articles des mois de juillet-août de la team #EnFranceAussi sur cette carte :

Tu as aimé cet article ? Épingle-le sur Pinterest !

7 commentaires sur “Soulages, une vie en noir

  1. Merci Delphine ! J’ai visité le musée par curiosité en me disant : bof du noir… j’en suis ressortie emballée. Incroyables ces effets de lumière. Une visite qui a changé mon regard sur le noir

    1. Merci pour ton commentaire. J’accroche rarement aux musées de peintures mais celui-là, je le recommande à tout le monde ! Au passage, cet article m’a permis de mieux comprendre le concept d’outrenoir.

    1. J’en suis restée bouche bée tellement cela semble irréel ! Je me souviens d’un tableau qui mettait côte à côte un monochrome et un noir et blanc, avec les mêmes genres de stries. Le tout noir m’a paru tellement plus lumineux que les stries blanches sur fond noir !

Laisser un commentaire