Clermont émerveille

Dans mon long railtrip à travers la France, elle n’était qu’une simple étape technique. La ville s’était imposée d’elle-même par sa localisation idéale en tant que point de départ de la ligne du Cévenol. Cette méconnaissance totale de Clermont-Ferrand m’avait permis d’arriver ici vierge de tout avis préconçu. J’ai découvert une ville pleine de contrastes, parfois étonnante même, et quelques bonnes adresses gourmandes que je ne manquerai pas de te donner à la fin de ce billet.

L’emblématique cathédrale en pierres de Volvic

Visiter Clermont-Ferrand en 2 jours top chrono

Me voilà deux jours pleins dans la capitale auvergnate, fraîchement descendue du train par une chaude journée d’été. Mon hôtel se trouve à l’opposé du centre ville et c’est donc tout naturellement que je décide de le rejoindre à pieds. La lourde valise remplie d’affaires pour tenir tout l’été découvre à froid la longue et montante rue du Port, dont le nom m’intrigue d’emblée. Un port ? A Clermont-Ferrand ?

Je suis accueillie à l’hôtel par un grand sourire, une avalanche de bons conseils et une réservation dans un resto du coin pour le soir. Une douche et me voilà déjà à l’assaut des rues en pente qui mènent à la cathédrale.

Du street art et des façades claires parées de pierres de Volvic : un condensé du centre ville ancien de Clermont-Ferrand
La place de Jaude et sa statue de Vercingétorix

Mon exploration vespérale commence place de Jaude, forcément. A Clermont, tout gravite autour de Jaude. Le bonjour à Vercingétorix, un dernier regard sur l’écran du téléphone pour vérifier le trajet et c’est parti pour la montée en ligne droite jusqu’à la cathédrale. Je laisse la silhouette emblématique du Puy-de-Dôme derrière moi pour rallier la place de la Victoire, ses façades sombres et austères et sa cathédrale en pierres de lave. Curieusement, la chaleur des terrasses de cafés et le feuillage léger des arbres prennent le dessus sur l’aspect sévère de la place.

« Mes déambulations aléatoires confirment mes premières impressions de la veille : Clermont-Ferrand est une ville de street art »

Pendant 1h30, je tourne autour de la cathédrale, optant pour ma technique de visite favorite, le pifomètre. Je découvre une ville en noir et blanc, qui hésite entre pierres de Volvic et enduits clairs. Ça me rappelle un peu Funchal ; le noir et blanc, ça doit être un truc des régions volcaniques !

La place des Victoires et ses terrasses
Une ville en noir et blanc

Tiens, à propos de volcans, on peut dire que Clermont-Ferrand est idéalement située, pile poil au-dessus d’une belle réserve de magma. Contrairement aux idées reçues, le volcanisme n’est pas éteint dans le Massif central, et la ville n’est pas à l’abri de voir émerger un nouveau volcan dans les parages (hormis deux exceptions, les volcans d’Auvergne n’entrent qu’une seule fois en éruption, chaque nouvelle remontée de magma se traduit donc par un nouveau volcan). La journée se termine au Saint-Eutrope, que le réceptionniste m’avait recommandé et que je te conseille vivement à mon tour.

Le Puy-de-Dôme veille

Je profite de la matinée suivante pour découvrir l’intérieur de la cathédrale et rebalayer le centre ville. Mes déambulations aléatoires confirment mes premières impressions de la veille : Clermont-Ferrand est une ville de street art, et je me lance dans un jeu de pistes effréné pour dénicher les œuvres. Les fresques s’invitent sur les façades, sur les rideaux baissés ou au-dessus des plaques de rue. Ambiance Lascaux, ethnique, végétal, philosophique ou autre ; peu importe la taille et le style, toutes ces performances artistiques sont autant de touches de couleur qui contrastent avec les façades monochromes. La palme revient à cette petite impasse entièrement redécorée, à laquelle on accède depuis la rue des Chaussetiers. Le repas du midi vite pris dans la courette Renaissance du 1513, qui vaut à elle seule le détour, je repars rapidement à l’hôtel pour préparer la suite.

« Il y a des lieux qui vous marquent, sans trop savoir pourquoi. Le plateau de Gergovie est de ceux-là. »

Arrêt Balanviliers, j’attends le bus pour Romagnat. Il est un peu tard pour commencer une bonne balade, je ne suis pas chaussée correctement et je n’ai pas de carte pour me repérer mais YOLO, je me fie au GPS de mon téléphone et à la photo du panneau prise devant la mairie de Romagnat pour m’aventurer jusqu’au plateau de Gergovie. La balade n’est pas bien compliquée et le jeu en vaut la chandelle. Là-haut, le bois laisse la place à un mélange d’herbes rases, de rangées d’arbres et de quelques pierriers désordonnés. On y trouve surtout une vue panoramique et l’orgueilleux monument à Vercingétorix, qui rappelle l’illustre victoire du chef arverne sur les troupes de Jules César. Quelques vestiges disséminés sur le plateau témoignent de la présence de l’oppidum gaulois.

Sur le plateau de Gergovie
Du monument à Vercingétorix, la vue est belle

Il y a des lieux qui vous marquent, sans trop savoir pourquoi. Le plateau de Gergovie est de ceux-là. Je me suis laissé envahir par l’atmosphère quasi mystique des lieux. Ces cairns, ces pierriers étranges (je ne te cache pas que je m’imaginais derrière ces tas de pierres les restes de la hutte de Cétautomatix ou d’Ordralfabétix), l’émotion de me retrouver devant ces traces de vie antique, l’idée de fouler le site d’une ancienne bataille… J’ai quitté Gergovie à regret, non sans saluer une dernière fois les salers qui paissaient sur les flancs du plateau. Mon retour tardif en ville a quelque peu rendu ardu la trouvaille d’un resto qui servait encore et où il restait de la place. Bonheur fut trouvé au Chai Victorius, sur la place des Victoires.

Des rangées d’arbres et des tas de pierres, une atmosphère un peu étrange
Sur le chemin du retour…

« Des premiers pneus à la Micheline, du guide touristique aux plaques émaillées, tu sortiras incollable ou presque sur l’histoire du géant du pneu et de son génie marketing »

Dimanche matin. D’habitude, le dimanche matin, on traînasse en robe de chambre devant son thé-croissant. Cette fois, j’ai été tirée de ma torpeur par l’alarme incendie de l’hôtel, qui s’est déclenchée pile au meilleur moment, alors que j’étais sous la douche. Fausse alerte, c’était une sombre histoire de grille-pain. Ce matin, j’ai rendez-vous avec une institution, un nom indissociable de Clermont-Ferrand. Michelin, fabricant de pneus mais pas que, n’a jamais quitté sa ville natale. Il en constitue aujourd’hui un quartier à part entière, faisant le lien entre ses deux « cœurs » (je t’en parlerai plus tard). L’Aventure Michelin retrace l’épopée de cette entreprise familiale devenue grand groupe multinational.

Clermont-Ferrand, terre de rugby
Michelin, indissociable de Clermont-Ferrand

On ne m’avait dit que du bien de ce musée. La muséographie fouillée, la qualité des explications et le côté ludique de l’ensemble ont très vite balayé mon scepticisme, au point d’y perdre la notion du temps passé. Des premiers pneus à la Micheline, du guide touristique aux plaques émaillées, tu sortiras incollable ou presque sur l’histoire du géant du pneu et de son génie marketing. J’ai dû y passer au moins deux heures et demie sans jamais avoir ressenti la moindre lassitude. Il fallait se rendre à l’évidence, il était temps de partir pour pouvoir grignoter un bout à midi et être à l’heure pour la visite guidée que j’avais réservée la veille auprès de l’Office de tourisme. Cette fois, c’est à la brasserie Madeleine que je trouve mon bonheur, avec un fish and chips d’excellente facture.

Tu apprendras tout sur l’histoire du pneu à l’Aventure Michelin
Bibendum est dans la place !

15h. Notre guide Karin (ou Katrin je ne sais plus) nous attend devant l’office de tourisme avec un grand sourire et un léger accent que je situerais entre l’Allemagne et la Suède. Avec elle, nous allons une fois de plus écumer le centre ancien et découvrir la basilique Notre-Dame-du-Port, au joli style roman auvergnat, dont la clarté contraste avec l’intérieur sombre et noir de la cathédrale. Surtout, nous allons découvrir ce qui fait l’originalité de la capitale auvergnate.

Sombre cathédrale
Claire basilique

Le nom de la ville aurait déjà dû me donner un indice. Clermont, Montferrand, Clermont-Ferrand… On sent la ville qui n’a pas voulu choisir pour ne froisser personne ! Et pour cause : Clermont-Ferrand est une capitale bicéphale. Une sombre histoire de bras de fer entre Clermont, la ville épiscopale issue de l’antique Augustonemetum, et Montferrand, la cité comtale fondée au XIIe siècle par le Comte Guillaume VI d’Auvergne qui s’opposait à l’évêque de l’époque parce qu’il était copain avec le roi de France, avec qui le comte s’était brouillé. Un mariage par traité plus tard, Clermont-Ferrand était née.

« On se plait à se balader dans les rues en damier qui semblent figées dans le temps. »

Ka(t)rin nous a donnés rendez-vous avec le Moyen-Age. Avec notre petit groupe, nous rejoignons non sans mal le quartier de Montferrand, la faute à un conducteur de tramway un peu farceur qui n’a pas daigné attendre trente seconde que l’un de notre groupe finisse d’acheter son billet à l’automate. Nous attendons donc que Ka(t)rin et les quelques visiteurs en perdition nous rejoignent en voiture, autrement la fréquence des trams clermontois le dimanche aurait ruiné totalement notre visite guidée. La cité comtale ayant perdu de son influence au profil de Clermont, Montferrand fut relativement préservée.

Ambiance médiévale à Montferrand
De nombreux escaliers témoignent de l’ancien niveau de la chaussée

C’est donc une collection de façades médiévales et Renaissance qui nous attend à Montferrand. Des bouts d’arcades en pierre, des maisons à colombages, quelques fenêtres à meneaux et des courettes cachées façon traboules lyonnaises laissent deviner le passé prestigieux de cette ancienne capitale politique auvergnate. Les façades deviennent ici carrément extravagantes, mélangeant éléments de différentes époques et matériaux. On se plait à se balader dans les rues en damier qui semblent figées dans le temps. J’aurais aimé passer plus de temps à flâner à Montferrand pour en découvrir encore plus de richesses, mais la montre tournait et l’heure de correspondance pour prendre le tramway retour approchait à grands pas.

De beaux alignements de façades historiques
Bref, je serais bien restée un peu plus longtemps à Montferrand

Notre guide nous quitte après deux bonnes heures de balade entre Clermont et Montferrand. Il ne me reste plus que quelques heures pour profiter pleinement de la ville. Je choisis de retourner à la basilique, dont l’architecture épurée m’avait plu. Un dernier burger avalé chez Guy & Sons et c’est déjà le moment de refermer la valise. Demain, un long voyage en train m’emmènera vers Arles et la Provence via l’une des plus belles lignes de train de France, le Cévenol.

Carnet d’adresses

L’hôtel : Artyster

6 rue Sainte-Rose, Clermont-Ferrand.

Entre les chambres à la déco originale, un accueil décontracté et chaleureux, une situation géographique idéale à deux pas du centre ancien et un rapport qualité-prix incomparable, l’hôtel Artyster est clairement une bonne adresse. La chambre était petite mais ce n’est pas un critère important pour moi. Lors de mon passage, l’hôtel venait d’ouvrir et le bar n’était pas encore terminé mais cela a dû changer depuis. Au cœur du concept d’Artyster, la convivialité et l’importance de l’art. Les fondateurs entendent coupler chaque hôtel avec un espace de coworking, avec une nette préférence pour l’accueil d’artistes. Pas de bar pour moi donc mais un accueil inoubliable, avec un réceptionniste aux petits soins pour me conseiller et même réserver pour moi un excellent resto situé à 5 minutes à pied pour le soir-même.

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Basilique Notre-Dame du Port

Les restaurants

Le Saint-Eutrope

4 rue Saint-Eutrope, Clermont-Ferrand.

Une cuisine généreuse et gourmande dans un décor un peu rétro. Voilà ce que je retiens de cet excellent petit resto clermontois. La carte très raccourcie rassure sur la fraîcheur et la qualité des plats. Les plus téméraires opteront pour la formule carte blanche, où c’est le chef qui choisit pour vous parmi les plats de la carte ! L’ambiance décontractée m’a clairement aidée à me sentir à l’aise pour dîner seule, petit détail qui a son importance quand tu te prépares à réitérer l’expérience midi et soir pendant une bonne semaine.

Site web

Le 1513

3 rue des Chaussetiers, Clermont-Ferrand.

Un large choix de crêpes et de galettes (mais pas que) et des quantités généreuses dans l’assiette. Adresse un poil trop touristique mais l’appel de la courette moyenâgeuse était trop fort ! Sa situation à proximité immédiate de la cathédrale en fait un bon point de chute à midi.

Site web

Les jolies portes de Clermont-Ferrand
Les jolies portes de Clermont-Ferrand

Chai Victorius

14 place de la Victoire, Clermont-Ferrand.

Une sélection de planches, de salades et de viandes à base de produits frais et locaux pour cette brasserie idéalement située. La salade Victorius est à tomber ! Une adresse décontractée et sympa. Le repas s’apprécie encore plus en terrasse.

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Brasserie Madeleine

3 place de la Victoire, Clermont-Ferrand.

Une brasserie traditionnelle, avec donc des plats classiques de brasserie. Je vous recommande l’adresse rien que pour la madeleine géante au caramel au beurre salé en dessert (elle est vraiment géante). Mais le fish and chips maison était aussi très bon. Service très efficace malgré le débit.

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La sentinelle clermontoise

Guy & Sons

44 rue Fontgiève, Clermont-Ferrand.

Du burger, oui, mais du burger de qualité ! C’est fait maison et c’est très bon. Le chicki churri accompagné de frites de patates douces et d’une limonade artisanale italienne était un régal.

Site web

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5 commentaires sur “Clermont émerveille

    1. Venant d’une ville ayant eu son centre dévasté pendant la guerre, toute ville ayant un centre ancien, même peu spectaculaire, m’émerveille. Je t’avoue avoir été très agréablement surprise par Montferrand, que je n’aurais probablement pas découvert sans la visite guidée.

  1. Un excellent article sur Clermont-Ferrand ( et environs) une ville que j’adore; que je connais bien et qui me manque car cela fait maintenant qq années que je n’y suis pas retournée.
    Pour ça, j’ai d’autant plus apprécié cet article qui m’a remis en mémoire tous ces lieux familiers. Les photos sont vraiment belles.
    MERCI 🙏❤

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